Apoptose, la mort au programme

, par Samuel

Les comparaisons entre le corps social et le corps organique sont un terrain glissant qui donne souvent lieu à la justification réactionnaire de la spécialisation des rôles sociaux, à l’instar des cellules et des organes. Penchons-nous donc sans malice sur la mort programmée des cellules…

par Samuel

Pour comprendre l’apoptose, ou mort cellulaire programmée, il faut comprendre ce qu’est une cellule, son programme, sa mort. L’immense majorité des êtres vivants sont unicellulaires, le corps d’un individu n’est composé que d’une unique cellule. Tout ce qui constitue son « soi » y est enclos : son génome (le programme) et toutes sortes de protéines et autres molécules (le corps). Les bactéries, les archées et des eucaryotes vivent ainsi, cellules sauvages, libres et autonomes, réagissant aux aléas du monde et évitant la mort par prédation, maladie, famine, variation fatale de l’environnement.

Les plantes, les champignons et les animaux ont inventé le corps pluricellulaire. Un individu est composé de plusieurs, parfois de milliards de cellules génétiquement identiques, des clones. Toutes sont néanmoins particulières et différentes. Elles utilisent une partie spécifique du programme génétique complet de l’individu, se spécialisant afin de constituer des tissus, des organes et d’en assurer collectivement le fonctionnement.

L’apoptose est la mise en œuvre de la partie du programme génétique réalisant la mort d’une cellule, par elle-même et en réponse à des signaux extérieurs. Ce n’est ni un suicide, ni un meurtre, ni exactement la vieillesse. Toutes les cellules des corps pluricellulaires ont une durée de vie déterminée, plus ou moins longue. Toutes, exceptées les cellules cancéreuses qui, entre autres anomalies génétiques pathologiques, ont perdu la capacité d’apoptose. Lorsque la larve d’un insecte se métamorphose, une partie des cellules applique l’apoptose, les autres se multiplient et se re-spécialisent, re-formant le corps et de nouveaux organes. Jusqu’à un moment équivalent du développement embryonnaire, les membres de tous les vertébrés se ressemblent avant que l’apoptose ne ne contribue à former chez certaines espèces de petites palmes, chez d’autres de petits doigts.

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Samuel est militant et chercheur en génétique et évolution moléculaire.