Créer des lieux durables et résilients

, par Florence Gibert

Avant que je ne la découvre vraiment, j’avais compris que la permaculture était la méthode agricole des paresseux/ses : « on ne travaille pas la terre et pousse ce qui veut ». Ce n’était pas tout à fait faux, à un détail près : il faut bien au préalable dix ans de conception et d’ajustements minutieux pour qu’un système soit tellement équilibré qu’effectivement, à terme, on n’ait plus qu’à en recueillir les fruits !

La permaculture est une discipline qui a pour but de créer des lieux de vie durables et résilients. Elle tente de répondre à l’ensemble des besoins des habitant·e·s (en habitat, nourriture, eau, énergie…) à partir des ressources présentes sur le site. Les Australiens Bill Mollison et David Holmgren inventèrent le terme (contraction de permanent agriculture ) et publièrent Permaculture 1 en 1978. La permaculture est à la fois une méthodologie et un ensemble de techniques.

La méthodologie, qui prévoit toutes les étapes de conception et de mise en œuvre du projet, tourne autour d’une vingtaine de principes. Elle fait la part belle à l’observation et la réflexion. On commence par effectuer un diagnostic du lieu pour tirer parti de ses atouts et concevoir le système le mieux adapté. Puis on recherche l’efficience – en optimisant l’espace et en réutilisant les résidus de chaque activité – et la résilience – en remplissant les fonctions essentielles (comme l’énergie) sur place et de différentes manières.

Les éléments utilisés doivent remplir un maximum de fonctions : une mare, par exemple, peut servir à récupérer l’eau, produire des poissons et des plantes, stocker la chaleur et réfléchir la lumière du soleil, fournir une protection aux canards, barrer les incendies, offrir un lieu de loisirs… Au-delà des éléments en eux-mêmes, une grande importance est attachée à leur mise en relation : ils doivent être placés de manière à servir les uns aux autres (par exemple, l’arbre fait de l’ombre à la maison qui l’approvisionne de son eau usée).

On cherche à utiliser au maximum les ressources existantes (biomasse, soleil, eau, vent, gravité…) de même que les processus naturels pour « faire le travail » (les poules pour désherber, les vers pour aérer le sol, les plantes qui attirent les insectes qui éliminent les nuisibles...). On favorise la diversité des activités et des espèces pour augmenter la productivité et la résistance du système.

Les deux théoriciens ont aussi posé des principes d’attitude : travailler avec la nature plutôt que contre elle, faire le plus petit effort pour le plus grand changement, considérer le problème comme étant la solution, chercher à obtenir un résultat, accepter les conséquences et appliquer l’autorégulation, utiliser et répondre de manière créative au changement.

Les techniques utilisées, qui sont issues aussi bien des pratiques traditionnelles que du monde moderne, concernent la production d’énergie sur le site, l’approvisionnement en eau, la construction d’un sol arable, la conception de bâtiments bioclimatiques, la production de nourriture, l’assainissement, etc.

La permaculture ne concerne pas que l’agriculture, mais tous les aspects des installations humaines. Ses principes sont applicables tant en milieu urbain que rural et à n’importe quelle échelle, de la maison à la région. C’est une des méthodes de conception les plus holistiques au monde. Et on est loin de juste regarder l’herbe pousser…

NB : Plein de ressources en ligne et en français sur la permaculture.
Le portail de ressources documentaires sur la permaculture : http://www.ressources-permaculture.fr/.
Le forum francophone de permaculture : http://forum.permaculture.fr/.
L’association française de permaculture Brin de paille : http://asso.permaculture.fr/.
L’université populaire de permaculture : http://universite.permaculture.fr/.
Le réseau permaculture de l’Afrique francophone : http://fr.groups.yahoo.com/group/permacuture-afrique/.