Du nouveau sous le soleil

, par Michel Marchand

Du nouveau sous le soleil. Une histoire de l’environnement mondial au XXe siècle
John McNeill
Champ Vallon, 2010
528 pages, 26 €

Le livre de John McNeill reprend l’un des versets de l’Ecclésiaste « Ce qui a été, c’est ce qui sera ; et ce qui a été fait, c’est ce qui se fera ; et il n’y a rien de nouveau sous le soleil » ( Ecclésiaste I, 9-11). Cette profonde et ancienne sagesse n’a plus cours, l’Homme est devenu le facteur prépondérant de changements majeurs à l’échelle de la planète. Au terme de dix ans de recherche, l’historien américain nous convie à un voyage, parcourant dans le temps villes, pays et continents pour décrire et mettre en perspective, à l’aide multiples cas concrets, la transformation et la dégradation de l’environnement mondial.

Pour fixer quelques points de repères : au cours du 20e siècle la population mondiale s’est accrue d’un facteur 4, l’économie mondiale et l’utilisation d’énergie d’un facteur 13 et 14, avec une production industrielle qui a explosé d’un facteur 40, mais s’accompagnant d’une emprise de plus en plus forte sur les ressources naturelles, comme la déforestation avec une régression de 20 % ou l’augmentation de la pêche en mer d’un facteur 40. Mis à part le danger nucléaire, spécificité de notre temps, les particularités de ce siècle tiennent plus à l’échelle et à l’intensité des changements observés qu’à leur nature. L’Homme moderne, espèce dominatrice, est devenu une force d’évolution, bouleversant les processus géologiques, modifiant les cycles de l’eau, changeant la composition de l’atmosphère et conduisant au changement climatique, agissant par transformation et destruction sur le monde vivant à la fois sur un plan quantitatif (extermination de certaines espèces animales) et qualitatif (érosion de la biodiversité). Toutes ces évolutions majeures sont en lien direct avec les activités humaines qui se placent dans le contexte de la mondialisation. Ce changement global, dont nous percevons mal les conséquences, révèle par ailleurs l’unicité écologique de la Terre (climat, biodiversité).

Quels sont les déterminants à l’origine de cette transformation radicale de l’environnement ? Pour John McNeill, l’élément majeur n’est pas l’accroissement de la population, comme il le pressentait initialement, mais le système énergétique basé sur les énergies fossiles. Cette conviction, affirmée au moment de la parution de l’ouvrage aux États-Unis en 2000, est réaffirmée dans la préface à l’édition française dix ans plus tard. L’incapacité des politiques environnementales mondiales à s’attaquer sérieusement aux émissions de CO2 confirme cette dépendance aux énergies fossiles et le début du 21e siècle ne marque aucune rupture, bien au contraire. J. McNeill pointe bien du doigt la nécessité de changements radicaux, mais on peut regretter qu’il reste trop timide quant aux solutions possibles.

On ne peut s’empêcher de mettre en parallèle un autre ouvrage, celui de l’historien anglais Eric J. Hobsbawm ( L’Age des extrêmes. Histoire du court XXe siècle , Le Monde Diplomatique) qui tente d’avoir une vision globale de ce monde et de rendre ce siècle compréhensible, soulignant les beaux succès de l’humanité, mais aussi la barbarie qui l’a caractérisé… Les deux historiens, chacun à leur manière, rappellent que l’analyse du passé n’apporte aucune aide en matière de prophétie mais peut aider à imaginer un avenir plus prometteur.