Écologie cherche électorat désespérément

, par Makekazzo

Sociologie du vote écolo*

Mais où est passé l’électorat écologiste ? Comment le score d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) a-t-il pu dévisser, d’un niveau historique de 16 % des suffrages exprimés en 2009, aux 2,3 % d’Eva Joly en avril dernier ? Aux élections européennes, l’écologie politique faisait jeu égal avec le PS et la voilà maintenant en slip, balayée par une vague rose Flanby, brun Marine… Mais, si Mamy Nøvä a en effet paumé pas moins de deux millions d’électeur/ices de Dany-Rouquemoute pour se retrouver aujourd’hui avec 800 000 voix, elle a au moins gardé ses lunettes fluo, si on compare la douche norvégienne qu’elle a subie à l’avoinée que s’est prise Dominique-la-comique aux présidentielles de 2007, avec 1,57 % des voix…

Cela nous permet d’en tirer au moins deux enseignements : 1) les écolos aiment les moustaches (Noël Mamère est à ce jour le recordman des candidat·e·s aux présidentielles avec un mirifique 5,25 % en 2002) ; 2) on peut estimer, grâce au score subaquatique de 2007, un noyau dur électoral d’environ 570 000 irréductibles moustachu·e·s.

Pour le reste, « l’électorat écologiste » n’est qu’un mot, ou presque. Volatile, il s’apparente à ce « nouvel électeur » stratège qui fait gloser les politologues depuis les années 1970 : instruit·e, sans affiliation partisane stable, il ou elle a tendance à voter en fonction d’enjeux conjoncturels (l’environnement, l’anti-sarkozysme…), plutôt que par fidélité à une famille politique, au nom de convictions religieuses ou d’intérêts de classe. Il ou elle peut donc basculer des Verts au PS, voire au Modem, selon les circonstances (si environ 60 % des électeur/ices d’EELV se positionnaient « à gauche » en 2010, 20 % se déclaraient « au centre ou à droite », et 15 % « ni à droite, ni à gauche »). C’est ainsi que les élections européennes et régionales, au scrutin proportionnel, peuvent apparaître comme des occasions d’exprimer périodiquement sa sensibilité environnementaliste, quand le scrutin présidentiel, majoritaire à deux tours, favorise, lui, le vote « utile » et pénalise les candidat·e·s écologistes, jugé·e·s peu crédibles sur les sujets économiques et sécuritaires.

Bien que l’écologie politique ait consolidé son implantation, depuis les années 1990, dans quelques régions (Alsace, Rhône-Alpes, grand ouest et Île-de-France), elle peine donc encore à fidéliser son électorat d’un scrutin à l’autre et à l’étendre au-delà d’un segment sociologique caractéristique : plutôt urbain, jeune et diplômé du supérieur. Les écologistes réalisent en effet leurs meilleurs scores chez les classes moyennes intellectuelles des villes universitaires, et leurs plus mauvais résultats en zones rurales (Picardie, Pas-de-Calais…).

Loin d’être « populaire », l’écologie électorale rassemble donc surtout des populations liées à « l’économie du savoir » (cadres, prof. intermédiaires, étudiant·e·s), féminisées, libérales culturellement, peu affiliées aux organisations syndicales, mais désireuses de « faire de la politique autrement » et de « verdir le capitalisme » sans le contester radicalement. En un mot, ni prolos, ni Sarko, ni fachos : les « petits bobos » !

*Merci à Frère Bruno Villalba pour ses tuyaux !