Japon : Atom for Peace ?

Après l’accident de Fukushima, le gouvernement japonais se réfugiait ce printemps derrière une phrase symbolique et symptomatique : « Le niveau radioactif actuel n’a pas d’effet négatif immédiat sur la santé ».

Ce qui ressemble à une négation des effets de l’irradiation interne est plutôt un jeu macabre autour du mot immédiat. Le gouvernement essaie de minimiser les dégâts de la contamination pour ne pas devoir déplacer deux millions de personnes vivant dans la région de Fukushima.

Toutes les réglementations médicales actuelles, internationalement reconnues, sont basées sur les résultats des recherches effectuées sur les victimes des bombes d’Hiroshima et Nagasaki. A l’époque, l’Atomic Bomb Casualty Commission (ABCC) a mené des recherches sur les effets de la radioactivité, externe et interne (faibles doses), mais sans soigner les victimes.

Sous occupation américaine, les populations japonaises sont forcées de coopérer avec l’autorité américaine. Laquelle a recueilli d’énormes données mais effacé tout ce qui concerne l’irradiation interne, comme l’ont depuis constaté plusieurs historien·ne·s nippon·ne·s. Les États-Unis voulaient montrer la bombe atomique comme l’outil absolu de leur domination, mais aussi comme une source d’énergie inépuisable pour l’avenir. Pour consolider ces visions, il fallait supprimer les images négatives de la bombe, notamment les risques d’irradiation, et leurs conséquences dramatiques sur les humain·e·s et leur environnement... ABCC a été transformée en une nouvelle structure, International Commission on Radiological Protection (ICRP), qui définit depuis lors les normes internationales.

Le nucléaire a pu ensuite être introduit partout, même au Japon, au nom de la paix. Eisenhower, le président américain de l’époque, justifie et dissimule en 1953 devant l’Assemblée générale de l’ONU la menace des armements nucléaires : « Ce n’est pas suffisant d’interdire le nucléaire militaire, il faut supprimer la dissuasion nucléaire, et on doit donner les moyens d’adapter le nucléaire pour la paix ». Atom for Peace. Voilà pourquoi les Japonais·es, qui étaient tellement antinucléaires à l’époque – et on comprend pourquoi – ont accepté un tel virage et ont construit des centrales nucléaires, d’abord avec la technologie américaine, et ensuite française.

Mais ils et elles se souviennent de quoi les victimes d’Hiroshima et de Nagasaki, ou les pêcheurs de thon victimes des essais de Bikini, ont souffert : des effets des faibles doses accumulées avec le temps. Ceux qui nient l’effet de l’irradiation interne et l’effet des faibles doses ne croient pas au nombre réel des victimes de Tchernobyl comptabilisées par les scientifiques. Environ un million de victimes, quand les chiffres de l’ICRP ne comptent que 4000 enfants atteints du cancer de la thyroïde, et seulement 9 morts.

La vraie bataille citoyenne commence maintenant face à des autorités qui ne prennent pas les mesures nécessaires pour informer la population et ne communiquent pas sur la réalité de la contamination.

Kolin Kobayashi
Toulouse, le 18 juin 2011