L’Économie expliquée aux humains

, par Aurélien Boutaud

L’Économie expliquée aux humains
Emmanuel Delannoy
Wildproject,
2011, 144 pages, 16 €

L’économie, déjà, c’est rasoir. Mais alors l’économie de l’environnement, avec ses multiples branches qui vont de l’économie de la biodiversité à celle des ressources naturelles… On se demande bien comment rendre un sujet pareil un tant soi peu ludique ! C’est pourtant ce que tente de faire le grand capricorne dans cet ouvrage.

Mais au fait : le grand capricorne, vous connaissez ? Cerambix Cerdo, de son nom latin… la grande famille des Cerambycidae – plus de 25 000 espèces : ça ne vous dit toujours rien ? Tant pis. Après tout, il vous suffit de savoir que le grand capricorne est un insecte. Un coléoptère qui aime bien les chênes. Et cet éminent représentant de la biodiversité s’est mis en tête de nous parler d’économie. Tout le pari de cet ouvrage est donc là : il s’agit d’inverser le regard. Ne plus seulement considérer la nature comme un objet économique mais, au contraire, observer l’économie humaine à l’aune de l’économie naturelle. Cette économie qui régit les écosystèmes. Cette économie au sens premier du terme, faite d’optimisation, de synergies, de diversité, de résilience, de recyclage, de sobriété et d’optimisation des ressources. Un changement de perspective qui nous invite à porter un regard pour le moins critique sur l’économie humaine : elle qui gâche, qui gaspille, qui pollue à foison et qui croit pouvoir croître indéfiniment…

Mais alors, que peut nous apprendre l’économie des écosystèmes ? En quoi peut-elle nous aider à écologiser notre économie ? Grand capricorne a quelques idées sur le sujet. Oh, rien de révolutionnaire ou de tout à fait nouveau, non : tout existe déjà, tout a été dit et écrit auparavant. Simplement, mis bout à bout, ces quelques principes nous invitent à repenser fondamentalement notre rapport au monde. Les chapitres s’enchaînent, courts, précis, donnant à chaque fois à l’auteur l’occasion de tirer du monde vivant quelques leçons de « savoir-vivre dans un monde aux ressources limitées ». On y trouve une analyse critique de la monétarisation du vivant et de la compensation – ces piliers de l’économie de l’environnement avec ses corollaires « droits à polluer ». On y croise également quelques principes qui nous rappellent ceux de la bioéconomie du bon docteur Georgescu-Roegen. Grand capricorne en profite aussi pour nous donner quelques pistes concrètes de transition écologique : du côté de l’économie circulaire, par exemple (où des entreprises optimisent l’utilisation de leurs ressources) ; mais aussi du côté de l’économie de la fonctionnalité, qui permet de substituer la possession d’un bien par l’usage de celui-ci, favorisant ainsi la durabilité des produits dans le temps.

Rien de bien neuf, me direz-vous. Non, c’est vrai. Mais on vous l’avait dit : grand capricorne n’a pas l’intention d’inventer. Il observe, il adapte, il recycle… et au passage, il tente une synthèse abordable par un large public des idées qui ont pu traverser la pensée écologiste au cours des dernières années. Pas bête !