L’utopie d’un monde sans armée

, par Philippe Godard

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Notre planète croule sous les armes détenues par nos ennemis, au sens fort du terme : ceux qui s’opposeront les armes à la main à l’émancipation du genre humain. Dans le monde contemporain, le rôle des armées reste éminent. Mais l’avènement d’une humanité sans armée, même si cela reste une utopie, a quelques atouts à faire valoir…

Les États-Unis ont triplé leurs ventes d’armes en un an : en 2011, le pays phare du militarisme mondial a écoulé pour 66 milliards d’armes, fournies pour l’essentiel aux souverains arabes, contre 21 milliards en 2010. Les États-Unis sont en crise, et l’armée reste, pour eux, la meilleure assurance de leur leadership mondial, comme l’expliquait Howard Zinn dans son Histoire populaire des États-Unis .

Cependant, les armées coûtent très cher. Le capitalisme fait face à sa contradiction fondamentale : il recherche toujours les coûts les plus bas, et cette course entraîne à moyen et long terme une diminution de son taux de profit. Certes, beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte dans cette « baisse tendancielle du taux de profit » qui n’est pas mécanique mais, dans un monde devenu global, la réalité économique s’assombrit pour les capitalistes. Utiliser les armes est dès lors tentant : l’un des meilleurs moyens pour se sortir de la crise a toujours été, pour le capitalisme, la destruction d’un pays, qui devenait ensuite un terrain de jeu à reconstruire… par les capitalistes ! En 1945, détruire l’Allemagne et le Japon offrait de belles perspectives : ces deux pays disposaient des cadres et de l’infrastructure sociale, industrielle et intellectuelle nécessaire à la reprise des affaires, et, pour mener à bien cette tâche, les États-Unis pouvaient s’appuyer sur le pillage du tiers-monde. Mais aujourd’hui, faire la guerre à la Chine ou au Pakistan reviendrait à attaquer des pays utiles en tant que pays-ateliers ; ces nations se reconstruiraient-elles sous la houlette nord-américaine après leur écrasement ? Pas certain : la planète semble à bout de souffle, et la destruction ne serait pas si facile ni aussi rentable qu’en 1939-1945. Ou alors il faut envisager le nouveau rôle des armées comme celui d’un maintien de l’ordre planétaire : plus vraiment une armée, mais une sorte de police globale ?

Quoi qu’il en soit, il est logique, sur le plan économique, que le capitalisme désarme partiellement. En effet, les budgets militaires sont colossaux ; certains pays ne vont plus pouvoir les assumer, du fait du service de leur dette notamment. Il va devenir de plus en plus évident qu’entretenir des armées aussi coûteuses se fera aux dépens des budgets sociaux : l’éducation, la santé, etc. Allons-nous vers des explosions sociales incontrôlées ?

Le désarmement intégral – et non partiel – devrait redevenir l’une de nos priorités, éthique, économique et écologique. Pas la peine de développer ici la capacité de nuisance écologique des armées, de l’agent Orange à la guerre nucléaire. Si nous prônons une écologie cohérente et si la cohérence est un atout en politique, le désarmement doit donc devenir l’une de nos revendications fondamentales, au même titre que l’arrêt immédiat du nucléaire et des cultures OGM.