La France des sorcières

, par Jipé

par Jipé

sorciere_petite {PNG}par Jipé

Dans L’Invention de la France (1), Hervé Le Bras et Emmanuel Todd apportent un singulier éclairage sur les procès de sorcières des XVIe et XVIIe siècles. La nouvelle édition de leur atlas cartographie la diversité de la nation française. Ainsi, cartes en main, les auteurs prouvent que la répression massive et hystérique de la sorcellerie ne toucha que certaines régions anthropologiques. L’Est notamment, où les rapports entre hommes et femmes sont égalitaires et instables, donc conflictuels. Mobilisant Heinsohn et Steiger, les auteurs identifient la répression comme une tentative de déposséder les femmes de leurs compétences en matière de reproduction, contraception et avortement. A la Renaissance, l’État et la société tentent de réduire le rôle des femmes d’un certain âge détentrices de savoirs corporels – les sorcières. Mais cette fièvre n’a pas modifié en profondeur les comportements et le mode dominant de rapports entre les sexes. Aujourd’hui, les sorcières de l’Est existent toujours. On ne les pourchasse plus, elles ont une profession reconnue, liée aux questions sexuelles et de reproduction : elles sont sages-femmes. La région tolère désormais un métier qui aurait été considéré comme maléfique il y a quelques siècles. Malgré la technicisation des pratiques médicales, l’obstétrique, la gynécologie – sciences masculines –, la carte des sages-femmes de 1970 coïncide étonnamment avec celle des sorcières d’autrefois.

(1) Hervé Le Bras, Emmanuel Todd, L’Invention de la France. Atlas anthropologique et politique , Gallimard, 2012.