La Tentation du bitume

, par Aude Vidal

La Tentation du bitume. Où s’arrêtera l’étalement urbain ?
Eric Hamelin et Olivier Razemon
Rue de L’Échiquier, 2012
222 pages, 14 €

« Des petites maisons à l’infini, identiques […], des centaines de garages […] devant lesquels stationnent […] deux voitures par maison, […] une Carrée pour Monsieur, une Ronde pour Madame. » Il semble impossible de devoir aborder la question de la banlieue pavillonnaire sans exercer une ironie mordante sur la petite bourgeoisie ni faire appel aux échos des séries Desperate Housewives ou Weeds . C’est ce que font donc Hamelin et Razemon, en complétant toutefois leur passionnant tour d’horizon de l’étalement urbain à la française par les infrastructures de transport, les zones industrielles et commerciales... son autre versant, celui qui ne se réclame pas de valeurs individuelles mais de l’intérêt collectif.

Pas besoin selon eux d’explication à la Bourdieu selon lequel le pavillon serait le fruit d’une politique délibérée visant à attacher les habitant·e·s à « un ordre établi par les liens de la propriété » ( Les Structures sociales de l’économie , Seuil, 2000), car il suffit de considérer la multiplicité des acteurs/rices et la complexité des prises de décision. Mais au final, avouent-ils, personne « n’a jamais songé à remettre en cause » la ville suburbaine. C’est peut-être dans la libération de l’avidité généralisée, celle des promoteurs, des multinationales de la grande distribution et du BTP, et au final des habitant·e·s, que réside le problème. Dans le refus d’imaginer un autre monde que celui où des appétits particuliers grignotent peu à peu notre espace commun.