La marque du sacré

, par Olivier Humbert

sorciere_petite {PNG}par Olivier Humbert

Ancien disciple d’Ivan Illich, Jean-Pierre Dupuy traque les « marques du sacré » au sein des sociétés modernes. Il montre ainsi comment l’économie a pris la place précédemment occupée par le sacré, avec la même fonction : résoudre le problème du mal et contenir la violence par des moyens violents.

Dans cette approche, nul besoin de recourir à l’éthique, la logique de l’intérêt et de l’échange suffit à pacifier les rapports, même si elle nourrit aussi le ressentiment. Après René Girard, Dupuy rappelle en effet que la richesse et les biens ne servent pas à satisfaire des besoins mais à attirer le regard des autres, nourrissant un « désir mimétique » sans fin. Mais dans les sociétés désacralisées, nous dit Dupuy, « cette utopie en forme de cauchemar » que constitue la société de consommation individualiste, est peut-être le prix à payer.

Encore faudrait-il résoudre le problème de la domination de l’économie sur le politique, de l’intendance sur la puissance, qui constitue une régression démocratique et ouvre une crise profonde. Car pour jouer son rôle et « se projeter vers un avenir qui n’existe pas encore mais qu’elle fait exister » l’économie a besoin du politique et de sa capacité à s’extraire de la seule rationalité pour choisir librement un destin.

J.-P. Dupuy, La Marque du sacré , Carnets Nord, 2009.
J.-P. Dupuy, L’Avenir de l’économie , Flammarion, 2012.