Le Grand Moscou, à qui profite la ville ?

, par Adeline Marquis 

territoire {PNG}par Adeline Marquis 

En 2011, Dmitri Medvedev, alors président de la fédération de Russie, annonce le lancement d’un projet démesuré, la création du Grand Moscou. Il s’agit de hisser la capitale russe au rang des villes mondiales, d’en faire une place financière forte, capable de rivaliser avec les plus grandes. La superficie de la ville double par absorption d’une large bande de terre et de ses habitant·e·s au sud-ouest, pour dépasser les 2 500 km2, soit le double de New York. Dix équipes internationales triées sur le volet participeront au concours, selon trois axes, la constitution de l’agglomération moscovite, l’aménagement de l’extension et la création ex-nihilo d’une ville pour relocaliser les fonctionnaires des grands ministères et administrations, appelés à quitter le centre d’une ville où la spéculation foncière fait voltiger les prix.

Plus encore que les propositions des candidat·e·s, répondant bon gré mal gré aux directions imposées par les autorités russes, c’est le fondement même du projet qui pose question. Dans ses aspects techniques et dans ses aspects humains. L’extension, l’étalement, le gigantisme d’un côté, et les infrastructures de logement, de transports, de loisirs que cela suppose. Des infrastructures invasives et irréversibles. Et de l’autre côté, les habitant·e·s. Comment garantir qu’une hyper-ville reste vivable, désirable ? L’ambition affichée est de s’imposer comme mégalopole mondiale incontournable. Soit. Mais les success stories urbaines passent rarement uniquement par des hyper structures, c’est une histoire de feeling, de bien-être, d’appartenance, une histoire de cité et de citadin·e·s. Un échange de bons procédés. Et en la matière, Moscou balbutie encore. Mais elle a des potentialités immenses, pourvu qu’elle veuille bien regarder les sien·ne·s d’un autre œil.