Le Soleil en face

, par Iseline Moret

Le Soleil en face
Rapport sur les calamités de l’industrie solaire et des prétendues énergies alternatives
Frédéric Gaillard
L’Échappée, 2012 160 pages, 11 €

Si demain, EDF ENR (filiale d’EDF pour le développement des énergies alternatives) ou un autre vous appelle pour vous proposer d’acheter (moyennant des crédits d’impôt) et de poser sur votre toit des panneaux photovoltaïques, avec des prix de rachats intéressants (bien que moins lucratifs qu’avant), lisez le livre de Frédéric Gaillard avant d’investir, ça devrait vous faire réfléchir...

Avec de nombreux exemples à l’appui, il montre comment les énergies alternatives sont devenues des sources de développement stratégiques pour les plus gros pollueurs de la planète avec l’aide des États. En France, nous retrouvons Total, EDF, Areva, les industriels de la chimie, de l’électronique, etc.

Ce n’est pas grave, me direz-vous, du moment que l’on sorte du nucléaire et des énergies fossiles génératrices de CO2 ! Sauf que les acteurs du solaire sont les mêmes que ceux du nucléaire et des énergies fossiles, et que ces groupes ont bien l’intention de profiter de l’énorme manne qui se profile avec les nouvelles énergies (le soleil est probablement la source d’énergie dont l’avenir paraît le plus florissant) sans nuire à leurs autres activités. Au contraire, en mettant en place des projets pharaoniques de fermes photovoltaïque ou des quartiers entiers recouverts de panneaux de silicium, les groupes capitalistes s’achètent une image « développement durable » tout en continuant de polluer et de contrôler toutes les sources d’énergies. Tout ça, dans l’opacité la plus totale et un déni de démocratie. Le livre explique en détail comment nous en sommes arrivé·e·s là.

Résultat : la filière du solaire en France, ce sont, d’un coté, les poseurs de panneaux produits par les industries chinoises qui fabriquent à bas prix, de l’autre EDF et le CEA-EA (Commissariat à l’Énergie Atomique et aux Énergies Alternatives) qui maîtrisent la recherche et développement et la distribution d’électricité. Il ne faut pas attendre d’eux qu’ils entravent la filière nucléaire qui constitue leur cœur de métier. La manière dont l’État en France a laissé tombé une entreprise comme Photowatt, pionnière du solaire, avant de la « livrer » à EDF et au CEA est d’ailleurs très illustratrice. Quant aux autres sources d’énergies renouvelables, ce n’est pas mieux. Le livre va ruiner votre moral de ce coté-là aussi, entre les agrocarburants qui se développent en concurrence des cultures vivrières tout renforçant la monoculture et l’emploi des pesticides, le développement du bois-énergie néfaste pour la biodiversité des forêts et consommateur d’espace, l’hydroélectricité et ses barrages destructeurs... l’espoir de lendemains qui chantent avec des énergies renouvelables développées en filières courtes et correspondant aux besoins des populations apparaît inatteignable.

Frédéric Gaillard démontre comment les utopies écologistes sont toutes récupérées par le capitalisme au bénéfice d’une croissance effrénée, sans que les citoyen·ne·s ne puissent s’emparer de la question. Les questions énergétiques sont trop sérieuses pour être démocratiques. Il ne manquerait plus que les personnes qui ne sont même pas ingénieurs des mines réfléchissent sur l’énergie et oublient de consommer... N’attendez pas de cette lecture un quelconque espoir ou une quelconque piste de ce qu’il faut faire pour en sortir. Mais, vous serez informé·e·s et critiques, c’est déjà ça.