Le chantier de la ligne THT Cotentin-Maine patine dans la boue

, par Une petite main à molette

« N’en déplaise à la naïveté de certain·e·s qui comptaient uniquement sur des recours à la justice partiale, les travaux de la future ligne T.H.T. ont bien commencé. Il s’agit d’une attaque en ordre dispersée de notre territoire. » Les pelleteuses s’activent ainsi depuis septembre 2010 du côté de Saint-Sébastien-de-Raids, dans la Manche, pour la construction du poste de transformation de Taute, point de départ de la future ligne THT Cotentin Maine. « Cet hideux chantier est aujourd’hui quasiment achevé sans avoir été inquiété. Il est dorénavant protégé, à l’image du reste de cette société nucléaire, avec palissades, vigiles et barbelés. » Pourtant, cela fait déjà huit ans que la population locale et les militant·e·s anti-nucléaires luttent contre cette future ligne THT de 163 km de long et de 400 000 volts. Une lutte toujours en cours, puisque le chantier de la ligne à proprement dite a débuté le 28 novembre dernier et se poursuit toujours. « Au début de l’hiver, la campagne s’est vue infliger un décor jaune fluo des plus immondes : des panneaux obligatoires affichant les permis de construire... qui ont volé au gré du vent et du climat lorsque des pluies de peinture ne sont pas tombés dessus. »

Le ton est donné : place aux balais des travaux publics pour imposer les chemins d’accès aux futurs pylônes THT. C’est que RTE veut achever coûte que coûte le chantier d’ici la fin de l’année, pour une entrée en service programmée dès 2013. Pourtant, elle ne se justifie que par l’implantation de l’EPR à Flamanville qui ne sera pas opérationnel, au mieux, avant 2016. Qu’importe pour le lobby nucléaire, les pylônes doivent prendre place dans le paysage. Et pour y parvenir, le passage en force continue, appuyé par la communication de RTE qui prétend à une acceptation sans émoi de la population. Or, ce qui se voit sur le terrain est tout autre. « Les pressions sur les personnes parfois isolées deviennent insupportables. » Des plaintes contre RTE affluent, nombre de personnes impactées n’ont pas signé les conventions de servitude et/ou agricoles. Presque 20 % sur toute la ligne. La réalité du chantier signe un certain réveil chez des riverains exaspérés et floués. RTE change de stratégie et décide d’offrir de racheter, sans expropriation et à prix d’or, les maisons d’habitation situées à moins de 100 m de part et d’autres du fuseau. La raison à peine caché du lobby nucléaire ? Le risque sanitaire des lignes THT. « Cette acceptation du risque sanitaire des lignes THT par RTE est une avancée obtenue par la première partie de la lutte. » Et pourquoi 100m ? Quid des riverains habitants à 102 m comme c’est le cas actuellement ? « Tenir bon la distance d’éloignement des habitations de 500 m telle que signifié dans les nombreux arrêtés municipaux pris contre la ligne aurait rendu impossible l’implantation de cette structure néfaste. Mais il ne faut pas se faire d’illusion, c’est bien pour diviser la résistance que RTE a lâché du lest. » Toujours est-il qu’il y a maintenant de belles maisons vides, appartenant à RTE… « A nous d’imaginer la vie qui ira avec. »

Ces travaux, le promoteur a fait le choix de les sous-traiter. «  Cette sous-traitance est rarement locale, mettant ainsi à mal l’argument de l’emploi local brandi par RTE. Les entreprises luxembourgeoises, italiennes, marseillaises, du Nord et de l’Est de la France, de région parisienne, ont amené avec elles leurs nomades des grands chantiers. » Tout au plus quelques entreprises locales de travaux publics seront chargées d’acheminer les milliers de tonnes de pierre tirées des carrières de la région pour l’empierrement des chemins d’accès. RTE en pilote l’avancement des travaux et l’imposante logistique depuis un énigmatique quartier général situé juste à coté d’Avranches (50), tandis que le matériel est dispatché depuis une base (KS Service) à Brécey (50) jusqu’à des dépôts situés un peu partout le long du tracé de la ligne. « Si leur logistique est mise à mal, le chantier s’écroule. »

Sur place, la résistance n’est pas vaine, malgré une contestation devenue trop faible, épuisée par les années de manifestation, procédures et autres recours résistance à l’époque. Le 1er janvier, les opposant·e·s envoient leurs vœux au lobby nucléaire : « L’année sera compliquée pour RTE et compagnie ». Certains attaquent en justice les basses manœuvres de RTE et le passage en de force de l’état. D’autres bloquent les chantiers, perturbent les réunions, déboulonnent publiquement les pylônes, et maintenant occupent le bois de la Bévinière au Chefresne. D’autres encore mènent des actions de sabotage. « Des entreprises qui bousillent les sols et souillent la terre par le bétonnage des fondations des structures métalliques mortifères ont été visées, de nombreux engins ne démarrent plus, des pylônes pré-assemblés au sol sont démontés voire endommagés. » Il y en a pour tout le monde et tout le long de la ligne. Pour autant, patinant, retardé, le chantier avance… plus vite que la résistance. « Cette lutte a besoin d’un nouvel élan pour éviter qu’elle ne s’épuise et pour se renforcer. S’ouvrir dès à présent sur des objectifs plus larges, plus déterminés et plus ambitieux que la problématique antidémocratique et sanitaire. »

Mais que faire ? « Dans la période qui nous est offerte sur ce vaste terrain de jeu, agir avec les gens du coin qui luttent et qui initient la conflictualité sur place, et mettre en place des moyens pour s’opposer à partir de quelques points de convergences, ou l’hostilité à RTE est palpable, tel est le défi à relever en attendant l’estocade sur ce projet inutile. » Un week-end de résistance à la THT a été organisé dans ce sens du côté du Chefresne (50) fin juin 2012 afin d’amplifier les nuisances et les coups d’arrêt au chantier. Les actions de contestation se multiplient sur tout le tracé de la ligne. L’opposition se radicalise. « Mettre à terre ce chantier est possible, c’est un travail des locaux de tous les jours avec des renforts multiples et nécessaires. »