Les écolos peuvent-ils prendre le temps d'aller vite ?

, par Mikaël Chambru

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« L’utilité marginale d’une augmentation de vitesse, accessible à un petit nombre de gens, a pour prix la croissante désutilité de la vitesse pour la majorité. (...) Il se crée une hiérarchie des destinations accessibles selon la vitesse qu’on est susceptible d’atteindre et chaque catégorie de destination définit une classe correspondante d’usagers. (...) En outre, chaque nouveau réseau a pour effet la dégradation des réseaux de moindre vitesse et chaque dépassement d’un seuil de vitesse augmente d’autant la fraction du temps social dévolue aux déplacements. »

Ce constat d’Ivan Illich, Europe-Écologie-Les Verts tente de le faire mentir et sa position officielle, de la commission Transports aux différents votes en Conseil régional, a souvent été de refuser que les nouveaux projet de liaisons ferroviaires à grande vitesse entrent en concurrence dans les budgets publics avec le TER. C’était le cas par exemple avec le TAV et le soutien critique historique des élus écologistes au projet depuis 1995. « Pour nous à l’époque, le Lyon-Turin, c’était non sauf si. Non, car nous n’avons jamais trouvé très intéressant de réduire le temps de parcours pour les voyageurs entre Lyon et Turin. Par contre, nous souscrivions au projet si effectivement c’était le moyen de régler le problème des marchandises sur les routes et si cela permettait de débloquer des moyens pour améliorer les liaisons régionales » . Une stratégie peu claire, qui ne leur a fait que des ennemi·e·s, et qui, surtout, fait l’économie d’une réflexion écolo sur la vitesse. En 2011, les choses bougent. « Avant d’être technique, cette question est avant tout politique et ces dernières années il y a des éléments nouveaux, lourds et forts, qui sont arrivés avec la crise économique et financière de l’Europe, l’aggravation de la crise écologique et l’épuisement annoncé des ressources. Nous devons d’abord définir quels seront les besoins souhaitables de circulation de marchandises par rapport à l’épuisement des ressources naturelles et à une économie relocalisée. C’est donc la question du type de société et du type d’économie dans laquelle les humains vont devoir vivre qui se pose ». C’est effectivement ce que disent les No-Tav, cette nouvelle liaison ferroviaire à grande vitesse incarne un projet de société et une certaine vision du monde. « Pour nous écologistes, cette infrastructure est inadaptée et incompatible avec le projet que nous défendons. C’est une infrastructure qui ne sert à rien si ce n’est à gaspiller énormément d’argent public, à entraîner la destruction de l’environnement et à renforcer le système productiviste » .

Pourtant, tout le monde ne voit pas l’envahisseur à grande vitesse d’un mauvais œil chez EELV. La vision technicienne a encore le vent en poupe. « Pour le 21ème siècle, le train doit être le mode de transport prioritaire pour le transport des marchandises à travers les Alpes, et pour les déplacements intercités pour les voyageurs. Si nous voulons porter cette ambition, les infrastructures actuelles qui datent de 150 ans doivent évoluer fortement. Pour préparer l’avenir, on doit en réaliser des nouvelles, d’autant plus que les projets comme le Lyon-Turin sont indispensables pour lutter contre la production des gaz à effet de serre et la pollution de l’air provenant du trafic automobile  ». Cette question, EELV devrait la trancher d’ici la fin de l’année. Espérons cette fois-ci que la réflexion ne s’enferme pas dans un débat techniciste.

 

Mikaël Chambru