Les technologies appropriées

, par Florence Gibert

Le concept des « technologies appropriées » a été développé dans les années 1950 à 1970 comme critique à l’exportation des technologies des pays industrialisés dans les pays en voie de développement. Il leur était reproché de promouvoir la surexploitation des ressources naturelles, la sur-centralisation, la concentration du pouvoir politique et économique, ainsi que d’entraîner une baisse des emplois et une déqualification des travailleurs par l’utilisation de machines (1). Ce concept trouve un souffle nouveau dans les pays du Nord.

Son application première est d’améliorer la qualité de vie par des technologies appropriées, dans le double sens d’adéquates, mais aussi d’appropriables par les communautés qui en font l’usage. Elles correspondent souvent au niveau technologique le plus simple pour atteindre l’objectif poursuivi dans un lieu donné. D’aucun-e-s les ont résumées ainsi : « C’est pas cher et ça marche. »

Bien que des nuances existent entre les domaines d’application, la description générale des technologies appropriées est qu’elles sont simples, efficientes, écologiques, réalisables à petite échelle et culturellement adaptées, elles utilisent les compétences et ressources disponibles localement, les utilisateurs peuvent les utiliser et les entretenir sans qualification particulière, elles créent des emplois, nécessitent peu d’investissement et délivrent un produit de faible coût. Surtout, elles sont centrées sur la personne.

Dans les pays développés, les technologies appropriées sont celles dont l’impact sur l’environnement et la société est minime (2) et qui ne rendent pas l’utilisateur dépendant de systèmes sur lesquels il n’a aucun contrôle. En plus d’être durables, elles nous rendent autonomes et résilients.

Ces technologies répondent aux besoins en production d’énergie (électricité, chaleur, mouvement), approvisionnement en eau, assainissement, production et conservation des aliments, création d’outils, conception des habitations… Des exemples connus sont la production d’énergie par la force musculaire ainsi que le détournement d’objets usuels (par exemple les vélos pour pomper de l’eau ou produire de l’électricité). Mais elles ne sont pas nécessairement des technologies « basses » et peuvent être des applications de recherches récentes : le photovoltaïque, l’électricité éolienne, le petit hydroélectrique, la bio-méthanisation, les agrocarburants, les LED… du moment qu’elles répondent au cahier des charges qu’on s’est fixé.

A quoi ce concept peut-il vous servir ? D’abord à disposer d’une grille de choix pour évaluer une technologie et savoir si vous voulez l’introduire dans votre vie, au regard de ses impacts sociaux, économiques et environnementaux et de l’éventuelle dépendance qu’elle peut entraîner. Vous pouvez ainsi vous demander si la technologie est fabriquée localement, si elle peut être maintenue sans compétence particulière, si elle est conçue pour être réparée et si les pièces de rechange sont disponibles, si elle crée des activités qui ont du sens, si son fonctionnement nécessite beaucoup d’énergie ou génère beaucoup de déchets... A vous de définir les critères, individuellement ou collectivement.

Surtout, vous trouverez sous ce mot fédérateur des catalogues de solutions originales, astucieuses et, justement, appropriées aux critères que vous aurez retenus. Dans la mesure où il s’agit de solutions alternatives, développées par des innovateurs militants, ceux-ci diffusent souvent leurs inventions en open source. La plupart des plans de fabrication peuvent donc être trouvés gratuitement sur Internet.

Allez donc faire un tour sur les sites suivants :

http://opensourceecology.org/

http://www.instructables.com/

http://www.lowtechmagazine.com/low-tech-solutions.html

http://www.i4at.org/library.html

(1) Avec comme promoteur E. F. Schumacher et comme panégyrique son livre Small Is Beautiful. Le terme utilisé alors était « technologies intermédiaires ».

(2) E. F. Schumacher les définissait comme promouvant « la santé, la beauté et la permanence ».