Marine Le Pen !! Nan, nan, mais Marine Le Pen ! Nan, mais, tu le crois pas ?! Tu le crois pas, putain ?!

, par Makekazzo

« Je pense que le Front national, s’il fut un jour un parti d’extrême droite, est aujourd’hui un grand parti populaire » (1). Quel meilleur service rendre à Marine Le Pen que de la taxer de « populiste » ? Certes, « populiste », ça va plus vite à dire que « ultra-droite nationaliste », et ça permet d’éviter le dépôt de plainte qu’entraînent les qualificatifs « fasciste » ou même « extrême droite » – tant il est vrai que le FN aime débattre avec ses adversaires dans les prétoires... Seulement, on le voit bien, utiliser ce label, c’est participer de la stratégie de dédiabolisation qui caractérise la reprise en main du business paternel par la benjamine (« clone absolu de son père avec des cheveux », selon le mot de Pierrette, la maman). Mais, surtout, cela pose bien des problèmes symboliques... C’est d’abord un détournement sémantique du « populisme » originel, celui des mouvements agrariens américains et russes de la fin du XIXe siècle, qui était, lui, plutôt progressiste ; cela dénote, par ailleurs, une certaine prolophobie , à savoir le préjugé, typique des élites libérales, selon lequel les classes populaires seraient irrémédiablement racistes, sexistes et provinciales (2) ; enfin, cela masque, derrière un terme qui désigne l’appel au peuple et la critique des élites – toutes choses parfaitement légitimes en démocratie –, l’essentiel du corpus idéologique de ce parti, à savoir son nationalisme ethniciste, son autoritarisme sécuritaire et son conservatisme vis-à-vis de toutes les formes traditionnelles de domination (économique, ethnoculturelle, patriarcale, hétérosexiste, etc.) (3).

Alors, c’est vrai, Marine Le Pen incarne un certain aggiornamento frontiste : née en 1968, fêtarde (avec ses anciens potes du GUD d’Assas), sympatoche (quand on ne l’asticote pas sur les dérapages de son papounet), elle est plus libérale que Gollnisch et les cathos tradis sur les questions de mœurs et a su grimer son ethnocentrisme en défense de la République laïque contre le « fanatisme » (4). Mais, surtout, dans un contexte de crise économique et de peur du déclassement de l’Occident, elle a déployé, en s’entourant d’éminences grises souverainistes, un discours protectionniste- on-rase-gratis (la dévaluation compétitive moins la dette, le commerce extérieur moins les importations, la sécurité sociale moins les prélèvements obligatoires, le financement des retraites moins l’immigration, etc.), propre à séduire la France périurbaine frappée par la désindustrialisation. Alors que le sarkozysme, qui était parvenu à siphonner une partie de l’électorat frontiste en 2007, apparaît désormais pour ce qu’il est – un néo-conservatisme à l’américaine, au service des riches –, et que l’opposition de gauche bobo , installée dans les métropoles, semble bien éloignée des angoisses populaires (5), la stratégie mariniste de déradicalisation, républicaine et protestataire, pourrait s’avérer prometteuse… Mais, bon, « Marine Le Pen !! Nan, nan, mais Marine Le Pen ! Nan, mais, tu le crois pas ?! Tu le crois pas, putain ?! » (6).

 

(1) M. Le Pen, A contre flots , éditions Jacques Granchet, 2006, p. 259, cité in C. Fourest et F. Venner, Marine Le Pen , Grasset, 2011.

(2) Voir sur ce point Ch. Lasch, La Révolte des élites et la trahison de la démocratie , Flammarion, 2007, cité in G. Brustier et J.-Ph. Huelin, Voyage au bout de la droite , Mille et une nuits, 2011, p. 262.

(3) Voir A. Collovald, Le « populisme du FN », un dangereux contresens , éditions du Croquant, 2004.

(4) C. Fourest et F. Venner, Marine Le Pen , op. cit.

(5) G. Brustier et J.-Ph. Huelin, Voyage au bout de la droite , op. cit.

(6) Philippe Katerine, « Le 20-04-2005 », Robots après tout , Barclay, 2005.