Neuf fontaines

, par Castets

par Castets

C’était neuf sources, deux étangs, un ruisseau coulant sur le sable. Une oasis landaise. Un reste de marais dans la forêt. On y mit le lavoir, on venait y chercher l’eau qui rafraîchit.
Puis vinrent les machines à laver, les frigos. Et on l’oublia.
Hubert veillait, Jojo vivait, Charly gardait son secret.
Quelques années.
Et quelques-un·e·s redécouvrirent. Pierre y laissa son pucelage.
La commune racheta, les marais devinrent patrimoine. Nous y retournâmes, aménageurs volontaires, avec des faux, des sécateurs, des tronçonneuses. Et ce furent apéros du dimanche à regarder les cistudes, concours de pêche, sentiers, déguisements en lavandière. C’était de nouveau à nous.
Puis vint l’autoroute.
« Cher monsieur, je me permets de vous écrire pour vous signaler que, sous le tracé de l’autoroute que vous venez de publier, n’apparaissent pas les étangs de notre commune. Merci de corriger et d’en tirer les conséquences. Le maire. » « Cher monsieur le maire, il n’y a pas d’étang sur le lieu que vous mentionnez. Le directeur général de l’équipement. » Alors ce fut l’Appel des étangs (fois trois). Et puis nous dans les arbres.
Mais nous eûmes l’autoroute, le « viaduc des neuf fontaines » et le préfet pour son inauguration : « Finalement, monsieur le maire, pour votre village, n’est-ce pas, cette autoroute est un plus ! »
Alors on reçut des sous.
Nous faisons maintenant partie du « Parc naturel urbain » du Marsan. Grâce au « 1 % paysage et développement » le concessionnaire y a financé des « cheminements et des berges aménagées », une « signalétique homogénéisée », un airial « revalorisé », des « zones de stationnement réorganisées » et du « nouveau mobilier ». Chez Jojo, derrière le mur anti-bruit, ils ont même installé un berger et ses chèvres.
Heureusement, car ils n’y sont pour rien, il n’y a personne sur l’autoroute.