Paris sans le peuple

, par Philémon

territoire {PNG}Paris sans le peuple
Anne Clerval

La Découverte, 2013
256 pages, 24 €

A Paris intra-muros, certain·e·s parlent aussi de quartiers « enclavés » ! Un comble quand on connaît la qualité du réseau de transports en commun. Mais dans ce cas, comme nous l’explique Anne Clerval, il s’agit pour les classes moyennes qui y résident de dénoncer un quartier « pas comme les autres »... c’est à dire avec quand même un peu trop de pauvres et d’immigré·e·s. La municipalité parisienne, en développant sous prétexte de « mixité sociale » des logements pour les classes moyennes dans les quartiers concentrant les catégories populaires, s’attaque ainsi – involontairement ? – aux solidarités sociales ou ethniques préexistantes et accompagne le processus de gentrification de la capitale.

La gentrification, explique Anne Clerval, est « un embourgeoisement spécifique des quartiers populaires, qui s’accompagne de la transformation du bâti et du quartier en général ». Dans son livre, elle retrace ce processus, engagé à Paris depuis Hausmann. La volonté politique de Napoléon III était clairement de sortir les classes « dangereuses » de la capitale. D’ailleurs, elle note en passant que la carte qu’elle dresse des fronts de la gentrification à Paris recoupe souvent celle de l’avancée des Versaillais à la fin de la Commune !

Du fait de la libération des loyers (et vu les niveaux déjà atteints), la gentrification semble presque inéluctable, c’est simplement le mode de production de la ville capitaliste. La production de logements sociaux peut ralentir la gentrification ; mais même lorsque l’on transforme de l’habitat dégradé pour en faire des logements très sociaux, le nombre d’habitant·e·s diminue du fait des normes de densité dans un logement, sans compter ceux et celles qui n’ont pas les bons papiers et qui devront aller chercher ailleurs, loin du centre et des réseaux de solidarités traditionnels.

Le contributeur de L’An 02 qui est parti habiter dans un quartier popu parce que c’est plus sympa, vivant, avec une mémoire ouvrière, etc. se rend compte qu’en faisant connaître aux copains les charmes du quartier il participe à sa gentrification...