Projet éditorial

L’AN 02 – Encore un pas de côté

L’écologie est sur toutes les bouches, toutes les ondes ; sa nécessité et son urgence sont unanimement proclamées, et partout en effet les menaces pointent, de tous côtés l’horizon s’assombrit sur un monde aplati, rétréci, asphyxié. Au Japon, l’inconséquence nucléaire a fait cruellement bégayer l’histoire ; en Afrique, le développement perpétue sa litanie de misère, de violences, d’exodes ; en Occident le capitalisme, toujours recyclé, mâche de la chlorophylle mais ne jure que par la croissance – qui l’abandonne –, pendant que son avatar chinois, sous sa forme mao-mercantiliste, se montre résolu à faire péter la planète sans états d’âme, dans sa marche inexorable à la puissance et son ode au Progrès.

Et pendant ce temps-là, les inégalités se creusent, les glaciers reculent et les abeilles meurent. Hominidé·e·s, veaux, vaches, cochons, concombres crèvent de l’opulence bon-marché d’une civilisation prédatrice qui se consume au son Gaga de ses millions de bI-dules. Tout à sa logique schizophrène, le capitalisme s’évertue à privatiser les gains en socialisant les pertes, et à formuler des réponses marchandes et technologiques aux désordres économiques, sociaux et environnementaux qu’il ne cesse de générer, fabriquant une humanité hédoniste-esclave volontaire, rêveuse résignée, épuisée insatiable et divertie, anorexique-boulimique, ballottée entre austérité et fuite consumériste dopée aux subprimes.

Non, décidément, la mondialisation n’est pas heureuse car elle est partout synonyme d’intensification de l’exploitation de la biosphère et de l’humanité.
Et pourtant, sous l’asphalte perce la plante.

L’écologie a germé sur le sol vitrifié d’Hiroshima, sur les plages souillées par l’Amoco Cadiz, dans le printemps silencieux du DDT, comme dans le caisson bétonné de Tchernobyl. Quarante ans après, le mot d’ordre de Gébé et de sa bande de L’An 01 n’a donc rien perdu de son impérieuse nécessité ; plus que jamais, il est urgent de dire avec eux : « On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ». Il est donc venu le temps de L’An 02 .

À la croisée des bouquins jaunis, des recherches en cours et des rêveries créatives, L’An 02 se veut un outil de diffusion et de partage, un passeur d’idées hors des cercles confidentiels et loin des logiques sectaires. Un journal pour contribuer à la décolonisation de l’imaginaire et à l’appropriation collective et conviviale des perspectives écolos.

D’un format idéal pour lire partout, L’An 02 propose à chaque numéro un dossier sur un sujet transversal, enrobé de chroniques grinçantes, de lectures in-con-tour-na-bles, de reportages militants et néanmoins sympathiques. Multipliant les formes, la revue présente également des contributions graphiques en liberté et plein d’autres surprises tout en couleurs. L’ensemble étant incidemment destiné à sauver le monde dans les prochains mois.