Que tu sois Nimby, que tu t’en moques ou que tu t’en fiches

, par Jérôme Desquibet

En allant jouer au « Nimby » dans mon arrière-cour au sud du 92, j’ai fait une découverte que je voudrais partager ici : le CORDIPA.
C’était à la CLI-FAR, la Commission locale d’information de Fontenay-aux-Roses chargée de suivre le démantèlement des installations nucléaires situées à l’intersection de Fontenay, Clamart et Châtillon. Elle tient des réunions plénières publiques où discutent les parties-prenantes : CEA (Commissariat à l’énergie atomique, maintenant suffixé « et aux énergies alternatives », hi-hi), ASN (Autorité de sûreté nucléaire), IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), élu·e·s et syndicalistes. À la dernière réunion, l’ASN a raconté Fukushima. C’était clair et transparent. Terrifiant également, à cause de la catastrophe elle-même, et à cause du détachement propre à l’exposé technique qui en a été fait.
Dans ce genre de réunion, le public n’a pas le droit d’intervenir. Mais quelqu’un siégeant à la commission a posé la question qui était sur toutes les lèvres : « Et en France ? » La réponse a suivi avec des explications sur la fonction du CODIRPA… Les explications se voulaient rassurantes, mais elles étaient d’une effarante candeur technicienne. L’exposé a dévoilé un présent et un futur à la mesure du cauchemar japonais. (Alors que pour moi le discours officiel français était « c’est impossible que ça pète, pas la peine de discuter des conséquences d’un accident », on parlait ici ouvertement d’un « ça peut péter » ; qui sonnait étrangement comme un : « ça va péter ».)
Le CODIRPA, c’est le Comité directeur pour la gestion de la phase post-accidentelle d’un accident nucléaire ou d’une situation d’urgence radiologique (ouf). Il veille sur nous et publie ses travaux sur son site. Le sommaire du séminaire international post-accidentel nucléaire de mai 2011 parle de lui-même : « Construction du guide de sortie de la phase d’urgence – Regards croisés sur la préparation française au post-accidentel – La phase de transition – La phase du long terme – Table ronde : Les enjeux pour l’avenir des travaux de préparation au post-accidentel ». Quelques points abordés : comment contrôler la qualité radiologique des denrées d’origine locale avant commercialisation dans une ZST (Zone de surveillance renforcée du territoire – la région irradiée et alentour) ; comment développer la culture de la radioprotection chez les enfants ; l’enjeu pour les pouvoirs publics de garder la confiance accordée… Donc : ça va péter, mais on gère la situation pour vous. Suivez le guide (en préparation), et vous aurez un rôle dans les scénarios catastrophiques qui se profilent. D’après les photos, le séminaire avait l’air sympa.
En fait, que tu sois Nimby, que tu t’en moques ou que tu t’en fiches, la « phase post-accidentelle nucléaire » mettra ton chez-toi en ZST. Ton arrière-cour atomique, c’est bien toute la planète…
Alors, qui ne veut pas sortir du nucléaire le plus vite possible ?

Jérôme Desquibet