Ralentir : concertation en cours !

, par Bastien Hourst

temps par Bastien Hourst

L’action publique locale, en particulier des villes et des intercommunalités, vise à gérer l’existant, à assurer les services publics, mais aussi à investir, c’est à dire dépenser pour augmenter ou améliorer le patrimoine de la collectivité (refaire une route, construire une nouvelle école...). Plus largement, la puissance publique « produit de la ville », que ce soit par la réglementation de l’occupation du sol (PLU) ou par la réalisation « d’opérations d’urbanisme », soit en réaménageant un espace de la ville, soit en mordant sur les terres agricoles environnantes (ZAC, rénovation de quartier, lotissements...). Il s’agit là de projets lourds et coûteux, et qui prennent donc du temps à être mis en œuvre, le temps des travaux, évidement, mais aussi et surtout le temps de la conception et de l’ensemble des procédures administratives (phases successives des marchés publics, enquête publique, dossiers de subvention, expropriations). Il est souvent considéré, tant par les élus que par les habitants, qu’un bilan de mandat digne de ce nom passe par l’affichage de réalisations concrètes, tangibles. Une nouvelle équipe municipale doit donc agir vite pour s’assurer que les réalisations promises pourront être achevées avant la fin du mandat.

Ainsi, l’investissement local suit en général le calendrier électoral (1).

Mais si, en plus, la municipalité veut que ces projets soient élaborés de façon participative avec les habitant·e·s, ça devient difficile. Car faire un projet avec les habitant·e·s (ou du moins le plus d’habitant·e·s possible) prend du temps, demande plus de travail (réunions publiques, réalisations de projets alternatifs...) et donc plus d’argent. Et quand un projet est décidé, les diverses phases administratives obligatoires font qu’il ne va « rien se passer » pendant de longs mois, voire années. Mais si l’on veut vraiment que la puissance publique élabore conjointement les projets avec les habitant·e·s, ils et elles doivent acquérir les connaissances de base nécessaire, s’approprier les projets... cela ne fait évidement que rallonger les délais.

On voit donc bien la tension systématique entre prendre le temps de faire bien et s’assurer que l’on est dans les temps. Car une route, une école ou un quartier qu’il faut achever avant la fin du mandat, c’est pour 15, 20 ou 30 ans... Comment alors, pour l’élu·e, prendre le temps d’une réflexion suffisante, co-construite ? Oser surseoir à une décision ? Comment voir ce qui relève d’une vision à long terme de l’évolution de la ville et ce qui relève de la conjoncture électorale ?

C’est, semble-t-il, la démocratie représentative qui trouve ici ses limites, avec le calendrier électoral comme principal frein à une action de la puissance publique cohérente sur la durée.

Alors, pour s’en sortir, un maire à vie ou la démocratie directe locale ?

(1) Selon Dominique Hoorens, l’influence du cycle électoral générerait un écart de -5 % à +7 % par rapport à la tendance d’évolution moyenne. D. Hoorens, « Le cycle de l’investissement local », Constructif, novembre 2003.