Saclay, « nouveau modèle français »

, par Céline Pessis

En 2007, le candidat Nicolas Sarkozy déclarait : « Saclay sera mon chantier présidentiel ». Le CV de notre nano-ministre de la Recherche laissait peu de doutes, mais notre Premier sinistre n’a pas voulu être en reste et nous voilà rassuré·e·s : ni la crise, ni le changement de majorité n’entraveront les effusions de la recherche et de l’industrie sur le plateau de Saclay. Mieux, pourquoi n’en ferions-nous pas notre « nouveau modèle français » (1) ?
Saclay, modèle de ville périurbaine reconvertie en agriculture biologique ? « Bouffée d’air pour le Grand Paris : les produits de Saclay inondent la capitale ! » Non, ce territoire agricole prospère et en pleine reconversion doit concentrer 13 % de la recherche française. Les 2 300 ha agricoles préservés par la longue mobilisation de ses habitant·e·s s’asphyxient déjà dans les bruits et les poussières des chantiers...

Sur le plateau, constructions, déménagements et contestations sont en cours. L’Université Paris-Saclay rassemblera en 2014 22 organismes (2) appelés à transcender leurs frontières institutionnelles pour mieux féconder de puissants groupes industriels et de jeunes start-up. Appuyé sur d’attractives bases militaires, l’Idex (3) se veut un grand incubateur de nanotechnologies et de TIC (4) : l’École Polytechnique ouvre déjà ses portes à plusieurs écoles d’ingénieur·e·s ; le Commissariat à l’Énergie Atomique couve Nano-Innov où se retrouvent industriels et chercheurs de grandes écoles, bientôt rejoints par les neurosciences de l’Université Paris Sud.

L’Université, broyée par cette marche forcée vers l’Innovation et la Compétitivité, conteste, comme de nombreuses écoles, une restructuration et un déménagement autoritaires. Avant que ne soient entérinés le 14 novembre 2012 les statuts de l’Université Paris-Saclay, les organisations des personnels et étudiant·e·s de Paris Sud et ailleurs demandaient la dissolution de l’Idex...

L’opération est en effet menée à vive allure, selon des méthodes rodées : partenariats public-privé, attribution de juteux marchés immobiliers, création de nouvelles échelles décisionnelles et d’organismes aux pouvoirs élargis dessaisissant de leurs prérogatives les organismes de recherche (via la Fondation de Coopération Scientifique) et les collectivités territoriales (via l’Établissement Public Paris Saclay). Le tout clôturé d’une bonne concertation, car en la matière, les nanos savent aussi donner le ton.

Le débat de 2009-2010 sur les nanos fut un fiasco, de la « cosm-éthique », estime l’association des Citoyens Actifs et Solidaires de Saclay. Qu’à cela ne tienne, la nouvelle association Nano Saclay s’occupe de la nécessaire participation des citoyen·ne·s. Et tandis qu’on y écoute de hauts nanos-responsables, les nano-matériaux peuvent eux continuer à se répandre parmi nous en dehors de toute réglementation et en l’absence quasi complète d’études toxicologiques.

Les bâtiments construits, le personnel au poste, la concertation en place, comment douter du financement de la ligne de métro automatique Grand Paris Express sur laquelle repose la viabilité du cluster Paris Saclay et qui cristallise encore les protestations des élu·e·s et des habitant·e·s ?

(1) Discours de Jean-Marc Ayrault du 30 octobre 2012 au 7ème Forum de la Recherche et de l’Innovation.
(2) Deux universités, le CEA, l’ENS Cachan, l’École Centrale, l’École Polytechnique, Mines Télécom, AgroParisTech, l’INSERM, Supélec, l’INRA, l’ENSAE, etc.
(3) Initiative d’Excellence, un statut accordé en 2012.
(4) Technologies de l’information et de la communication.