Tempête dans l'éolien

, par Jocelyn Michard

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Le secteur éolien français a retrouvé la santé en 2014. Après quatre année de diminution de la puissance annuelle raccordée, celle-ci a de nouveau fortement augmenté l’année dernière, avec 1042 MW raccordés, contre 630 l’année précédente. Cette reprise devrait permettre d’atteindre en 2015 10 GW de puissance totale installée, et de couvrir presque 4 % de la consommation électrique nationale. L’objectif de 25 GW installés en 2020, fixé par le Grenelle de l’environnement et confirmé dans la récente loi de transition énergétique, pourrait donc être atteint si cette reprise se confirmait. Les professionnels et les politiques se félicitent donc, écartant les questions de plus en plus dérangeantes sur l’impact écologique du grand éolien : ressources, émissions de CO2, biodiversité, etc.

Ce rebond s’explique par plusieurs facteurs. Tout d’abord, l’évolution technologique rapide des éoliennes, de plus en plus puissantes, fiables et durables. Alors que les éoliennes déjà en activité ont en moyenne une puissance de 1 à 3 MW, on installe maintenant des machines de 5 MW, et des modèles de 8 ou 10 MW sont à l’essai, dont certains auraient une durée de vie de 25 ans, contre quinze à vingt ans actuellement.

Le secteur a aussi été relancé par l’adoption en 2013 de la loi Brottes qui a simplifié les procédures d’installation des parcs, notamment en supprimant les zones de développement éolien et le seuil des cinq mâts minimum. Cette loi, soutenue par les député·e·s écologistes et saluée par les professionnels, a cependant été critiquée par nombre de député·e·s ruraux de tous bords, et par les associations anti-éoliennes. La fédération Vent de colère dénonce par exemple le risque de « mitage » du territoire avec des éoliennes éparpillées un peu partout ou la possibilité donnée à la construction d’éoliennes sur des zones « sensibles » : terrains constructibles ou agricoles, zones de montagne ou de littoral. Avec toutes les retombées que cela peut avoir en terme de concurrence dans l’usage des terres, de pression foncière et d’impact sur les paysages.

Enfin, le facteur qui explique sûrement la plus grosse part de ce développement est d’ordre financier : l’éolien peut rapporter gros. D’abord aux producteurs, puisque l’état impose à ERDF de racheter l’électricité de source renouvelable à un prix bien supérieur au prix de marché, la différence étant payée par l’ensemble de la population via la contribution au service public de l’électricité prélevée sur chaque facture d’électricité. La Commission de régulation de l’énergie considère ainsi que la moitié des projets d’éolien terrestre analysés « permettent d’atteindre des rentabilités significatives, voire très significatives, pour leurs actionnaires » (1). Sur les parcs les plus productifs (bénéficiant des meilleurs conditions de vent), la rentabilité peut être supérieure à 50 % ! Il n’est donc pas étonnant que toutes les multinationales de l’énergie ou du BTP se ruent sur ce secteur juteux, formant parfois des consortiums qui font froid dans le dos des militants écologistes, comme celui entre le manipulateur d’atome Areva, le grand bétonneur Vinci, et GDF-Suez pour exploiter des parcs off-shore au large de la Normandie.

Ces intérêts financiers touchent aussi les collectivités territoriales et certains particuliers. Les premières profitent des impôts et taxes que leur rapportent les parcs sur leurs territoires, et à l’heure des contraintes budgétaires il est sûrement tentant de profiter de cette manne sans se poser de question de fond sur l’impact du grand éolien. Quant aux propriétaires des terrains utilisés, ils et elles touchent des loyers qui vont de 5000 à 10 000 euros par an par machine installée. Ces intérêts financiers débouchent sur des situations malsaines : tentatives de corruption des particuliers qui s’opposent à l’installation de parcs sur leurs terrains, conflits d’intérêts déposés devant la justice, certain·e·s élu·e·s autorisant l’installation de parcs… sur leurs propres terrains privés. Les soucis écologiques et énergétiques ont complètement déserté le développement de l’éolien.

(1) Coûts et rentabilité des énergies renouvelables en France métropolitaine , rapport publié par le CRE en avril 2014, téléchargeable sur www.cre.fr.