Toxique Planète

, par Jipé

Toxique Planète. Le Scandale invisible des maladies chroniques
André Cicolella
Le Seuil, collection Anthropocène, 2013
310 pages, 19 €

par Jipé

Dans un précédent livre paru en 2007, Le Défi des épidémies modernes. Comment sauver la Sécu en refondant le système de santé , André Cicolella démontrait que la croissance des maladies chroniques conduirait à l’implosion de l’assurance maladie minée par des déficits impossibles à combler. « Nous y sommes aujourd’hui », prévient-il. Avec ce nouvel opus, le toxicologue, conseiller scientifique à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) et par ailleurs président du Réseau environnement santé (RES), nous révèle l’ampleur de ce qu’il convient bien de qualifier de quatrième crise écologique mondiale. Au réchauffement climatique, à la chute de la biodiversité et à l’épuisement des ressources naturelles, s’ajoute désormais la catastrophe sanitaire. La pandémie des cancers, pathologies cardiovasculaires, maladies respiratoires, obésité, diabète, maladies neurologiques et troubles de la reproduction affecte tous les pays de la planète. En cause, l’adoption du mode de vie occidental dans toutes ses composantes – production, consommation, alimentation, logement et déplacements. Pour répondre à cette crise sanitaire, c’est à une véritable révolution copernicienne qu’il faut procéder. Nous devons réviser l’ancien paradigme biomédical du XXe siècle, qui réduit les causes environnementales des maladies aux microbes, privilégie les maladies infectieuses aux maladies chroniques, le curatif au préventif, l’action facteur par facteur à une vision systémique et croit à l’existence de seuils au-dessous desquels un toxique est inoffensif. Autre principe à reconsidérer : « la dose fait le poison », que l’alchimiste allemand Paracelse avait énoncé au XVIe siècle. En effet, l’étude des perturbations endocriniennes prouve que c’est la période qui fait le poison, la majeure partie des impacts étant consécutive à l’exposition pendant la période de gestation. Qui plus est, ce que met en lumière la montée de la question des perturbateurs endocriniens, tel le bisphénol A utilisé pour la fabrication des biberons ou le revêtement intérieur des boîtes de conserve, c’est le caractère développemental des maladies de l’adulte, à la suite de différents stress environnementaux – chimiques notamment – et leur transmission à travers les générations via des mécanismes épigénétiques. Ainsi, la crise sanitaire ne peut être comprise comme la simple conséquence de comportements individuels problématiques. Les facteurs de risque doivent aussi être analysés en termes de pollution, d’urbanisation, d’inégalités et plus largement d’environnement social et culturel. L’auteur définit ainsi les priorités de la transition écologique pour une révolution de la santé : d’abord en finir avec la nourriture ultra-transformée et l’agriculture productiviste en développant l’agroécologie ; créer une organisation mondiale de l’environnement pour lutter contre la contamination chimique généralisée ; mettre fin au tout-automobile et créer des villes-santé ; lutter contre l’épidémie cachée de maladies professionnelles née de la mondialisation en promouvant les droits sociaux ; enfin, réduire les inégalités et réformer les systèmes de protection sociale en les faisant évoluer d’une logique d’assurance maladie vers une logique d’assurance santé. Clé de voûte de ce programme, une nouvelle définition : « La santé est la traduction de la qualité de la relation de l’être humain à son écosystème ». Le propos du livre n’est en aucune façon catastrophiste car, pour André Cicolella, si l’ampleur de la crise sanitaire est considérable, nous avons de nombreuses cartes en main pour y faire face. Encore faut-il vouloir les utiliser. C’est donc logiquement par un appel à la mobilisation de la société civile que conclut l’auteur, la deuxième révolution de santé publique ne pouvant être d’initiative purement institutionnelle. La récente interdiction du bisphénol A, obtenue notamment grâce à l’activisme du RES, nous en apporte la preuve éclatante.