Un forum public pour la biologie de synthèse, éviter le traquenard « démocratique »

, par Céline Pessis, Théo Tierwater

Si la biologie de synthèse ne fait pas encore l’objet de la suspicion publique dûment prêtée aux OGM ou aux nanotechnologies, elle figure en bonne place sur l’agenda techno-politique de Geneviève Fiorasso, notre ministre augmentée.

La biologie de synthèse (BS) cherche à fabriquer des systèmes biologiques qui n’existent pas dans la nature. Les méthodes de l’ingénierie et les outils de l’informatique sont mis au service du génie génétique pour créer des organismes vivants (bactéries, levures, champignons, virus) génétiquement « programmés » pour remplir des « fonctions utiles » : nouveaux matériaux (parfum, substances d’intérêt industriel), nouvelles énergies ou nouvelles molécules (chimie et pharmacie). Techno-alliée de l’expansion industrialiste et pseudo-palliatif à la crise écologique, la BS poursuit la conquête du vivant déjà entamée par les précédentes biotechnologies, étend les territoires industriels aux confins du génome et conforte le solutionisme en vogue (1).

En France, elle a d’abord vu le jour en 2011-2012 dans des rapports institutionnels (2). Craignant que la BS rejoigne le palmarès des technologies contestées tels les OGM ou le nucléaire, ces rapports appellent à un « dialogue science-société ». Et nous y voici. L’Observatoire de la biologie de synthèse (3) a lancé un forum sur la BS, piloté par un comité « pluraliste », ce qui n’est pas sans rappeler les faux débats nanos des années 2009-2010. Scientifiques, experts des risques, sociologues, lobby de l’industrie et de la recherche publique (4), mais aussi organisations de la société civile (5) en constituent le comité de pilotage. Aspirées par cette machine à acceptabilité, à laquelle elles fournissent un vernis « démocratique » et « écologique », ces associations sont absentes d’autres débats, alternatifs et non-institutionnels, plus aptes à susciter un mouvement social de contestation de la BS. Mais rappelons-nous que les luttes contre les OGM ne se sont pas gagnées dans les débats publics et que les contestataires appelé·e·s à participer à la « gestion démocratique du nucléaire » ont souvent fait les frais de la mascarade.

« Participer, c’est accepter », c’est ce qu’est venu rappeler PMO (6) en s’invitant à la première réunion du forum le 25 avril pour proclamer son refus de la « vie synthétique » et des manipulations démocratiques qui l’accompagnent. Et pour que les produits de la BS ne quittent pas les labos pour envahir nos assiettes, nos corps et l’environnement, ETC (7) nous invite à la faire migrer rapidement de ce pseudo-forum à ceux des peuples.

Au-delà des risques sanitaires et environnementaux, ETC dénonce l’industrialisme biotech et la marchandisation du vivant à l’œuvre avec la BS. Les chercheurs en BS sont en effet des entrepreneurs bardés de contrats avec de grandes multinationales (8) et au Brésil les monocultures de canne à sucre s’étendent pour nourrir des bactéries synthétiques et leur faire produire de l’éthanol. Car la BS est une technologie clef dans la transition d’une « économie du carbone noir » vers celle d’un « carbone vert » (9).

Stopper la bioindustrie occidentale, c’est aussi refuser la marchandisation de commodités jusqu’alors difficilement industrialisables car maîtrisées par des paysanneries relativement autonomes.

 

(1) Voir Aurélien Boutaud, « La croissance rend-elle fou ? », dans ce numéro.

(2) Tels la Stratégie nationale de recherche et d’innovation et le rapport de l’IFRIS, sans mentionner le dernier en date signé par la sinistre de la Recherche elle-même. http://biologie-synthese.cnam.fr/historique/pourquoi-creer-un-observatoire-de-la-biologie-de-synthese—524448.kjsp?RH=1331550766120.

(3) Créé par le Conservatoire national des arts et métiers début 2012.

(4) INRA, AVIESAN.

(5) France Nature Environnement, Sciences citoyennes, Les Petits Débrouillards.

(6) Pièce et Main d’Œuvre http://www.piecesetmaindoeuvre.com/

(7) http://www.etcgroup.org/.

(8) Telles Chevron, Exxon et Sanofi.

(9) Basé sur les biotechnologies et les ressources fournies par les plantes.