Utiliser la psychologie du changement

, par Florence Gibert

Ça n’est pas parce qu’on sait qu’il serait bon de le faire qu’on change son comportement – demandez à n’importe quel médecin fumeur. Le changement est un processus complexe et il est utile d’en connaître les ressorts pour accompagner les changements individuels et sociaux nécessaires face au double défi des changements climatiques et du passage du pic pétrolier.

La description des six étapes du changement (1) est tirée des recherches en psychologie de l’addiction – la force des habitudes n’est-elle pas une addiction ? Identifier celle dans laquelle son interlocuteur se trouve permet de délivrer un message qui lui correspond.

Au stade de la précontemplation , la personne ne se sent pas concernée par le problème écologique. C’est la phase de la sensibilisation. Pour favoriser le changement, il faut montrer que celui-ci va combler un besoin ou un désir personnel et donc présenter la crise écologique comme une opportunité de mieux vivre (par ex. pour un pédibus la santé, la sécurité, l’éducation, l’économie…). Il faut éviter les sentiments de peur, d’urgence, de catastrophe ou de culpabilisation , qui renforcent les freins. Annoncer la catastrophe à venir est une erreur stratégique : la peur ne motive pas à l’action et le refuge psychologique, c’est le déni (2).

C’est un bon moment pour utiliser la vision positive utilisée par les Villes en Transition, qui consiste à produire des récits d’anticipation détaillant le quotidien d’un futur en descente énergétique plus sain et plus heureux. Le pic pétrolier est présenté comme une occasion extraordinaire de réinventer le monde. Cela permet de dédramatiser le futur, de le rendre moins « inconnu », et de susciter l’enthousiasme.

Au stade de la contemplation , l’intérêt pour la question écologique est plus grand, mais il faut encore convaincre. Pour s’habituer au changement et faire le deuil de l’ancien modèle, la personne a besoin de passer à l’acte de manière occasionnelle (manger bio, changer de mode de transport, etc.) Il faut aussi l’aider à construire son imaginaire par des retours d’expériences qui donnent envie.

C’est un bon moment pour pratiquer l’ entretien motivationnel (3), aussi développé en addictologie. Il faut d’abord créer un climat d’empathie qui se focalise sur la personne plutôt que sur le comportement problématique. En explorant avec elle les pour et les contre des deux modèles, on repère, facilite et renforce les déclarations auto-motivationnelles de changement. Chaque fois qu’on favorise l’expression de ses désirs (ce que la personne aimerait faire), raisons (pourquoi elle le ferait), capacités (comment elle pourrait le faire) et besoins (combien c’est important pour elle de le faire) de changer, on facilite l’engagement de la personne parce qu’il est sien, désiré, important à ses yeux, possible et qu’elle se sent capable de s’y engager (4).

Au stade de la préparation , la personne est mûre pour un changement et on peut l’aider à franchir le pas en apportant des réponses pratiques. Suivent les stades de l’ action , où il faut valoriser le changement de comportement pour aider à ancrer celui-ci, et du maintien , où le bon fonctionnement de la filière alternative est nécessaire pour éviter les rechutes. Au stade de la terminaison , les nouveaux comportements sont devenus des habitudes, et ceux et celles qui sont parvenu·e·s jusque là ont un rôle important à jouer pour conseiller et encourager les autres.

Pour aller plus loin :

Aurélien Boutaud, « Écologie. De la sensibilisation aux changements de comportement », déc. 2009 (http://tinyurl.com/btyjvd7).
http://www.transitionnetwork.org
http://www.entretienmotivationnel.org

 

(1) Le « modèle transthéorique de changement » a été introduit par les psychologues James Prochaska et Carlo Di Clemente à la fin des années 1970.

(2) « J’aime utiliser l’analogie d’un ami réticent que vous invitez en vacances. Si vous savez présenter avec passion et poésie l’image mentale de la plage, du coucher de soleil et de la paillote éclairée à la bougie, il viendra plus volontiers. Les écologistes ont souvent commis la faute d’offrir aux gens l’image mentale d’un lit miteux avec des draps de polyamide, du thé froid et des toasts ramollis – et d’attendre d’eux qu’ils s’enthousiasment à l’idée de ne PAS s’y rendre ! » (Rob Hopkins)

(3) L’entretien motivationnel a été formalisé par William R. Miller et Steve Rollnick, en 1991.

(4) Ce sont les motivations intrinsèques (propres au modèle qu’on veut rejoindre) par opposition aux extrinsèques (propres au modèle qu’on veut quitter).