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	<title>L’An 02</title>
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	<description>On débranche tout, on réfléchit, et c’est pas triste</description>
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		<title>Japon : Atom for Peace ?</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2012 08:32:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Varias]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160; Après l&#8217;accident de Fukushima, le gouvernement japonais se réfugiait ce printemps derrière une phrase symbolique et symptomatique : « Le niveau radioactif actuel n&#8217;a pas d&#8217;effet négatif immédiat sur la santé ». Ce qui ressemble à une négation des effets de l&#8217;irradiation interne est plutôt un jeu macabre autour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p><a href="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/varia.png"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-308" title="varia" src="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/varia-150x150.png" alt="" width="150" height="150" /></a>Après l&#8217;accident de Fukushima, le gouvernement japonais se réfugiait ce printemps derrière une phrase symbolique et symptomatique : « Le niveau radioactif actuel n&#8217;a pas d&#8217;effet négatif immédiat sur la santé ».</p>
<p>Ce qui ressemble à une négation des effets de l&#8217;irradiation interne est plutôt un jeu macabre autour du mot immédiat. Le gouvernement essaie de minimiser les dégâts de la contamination pour ne pas devoir déplacer deux millions de personnes vivant dans la région de Fukushima.<span id="more-307"></span></p>
<p>Toutes les réglementations médicales actuelles, internationalement reconnues, sont basées sur les résultats des recherches effectuées sur les victimes des bombes d&#8217;Hiroshima et Nagasaki. A l&#8217;époque, l&#8217;Atomic Bomb Casualty Commission (ABCC) a mené des recherches sur les effets de la radioactivité, externe et interne (faibles doses), mais sans soigner les victimes.</p>
<p>Sous occupation américaine, les populations japonaises sont forcées de coopérer avec l&#8217;autorité américaine. Laquelle a recueilli d&#8217;énormes données mais effacé tout ce qui concerne l&#8217;irradiation interne, comme l&#8217;ont depuis constaté plusieurs historien·ne·s nippon·ne·s. Les États-Unis voulaient montrer la bombe atomique comme l&#8217;outil absolu de leur domination, mais aussi comme une source d&#8217;énergie inépuisable pour l&#8217;avenir. Pour consolider ces visions, il fallait supprimer les images négatives de la bombe, notamment les risques d&#8217;irradiation, et leurs conséquences dramatiques sur les humain·e·s et leur environnement&#8230; ABCC a été transformée en une nouvelle structure, International Commission on Radiological Protection (ICRP), qui définit depuis lors les normes internationales.</p>
<p>Le nucléaire a pu ensuite être introduit partout, même au Japon, au nom de la paix. Eisenhower, le président américain de l&#8217;époque, justifie et dissimule en 1953 devant l&#8217;Assemblée générale de l&#8217;ONU la menace des armements nucléaires : « Ce n&#8217;est pas suffisant d&#8217;interdire le nucléaire militaire, il faut supprimer la dissuasion nucléaire, et on doit donner les moyens d&#8217;adapter le nucléaire pour la paix ». Atom for Peace. Voilà pourquoi les Japonais·es, qui étaient tellement antinucléaires à l&#8217;époque – et on comprend pourquoi – ont accepté un tel virage et ont construit des centrales nucléaires, d&#8217;abord avec la technologie américaine, et ensuite française.</p>
<p>Mais ils et elles se souviennent de quoi les victimes d&#8217;Hiroshima et de Nagasaki, ou les pêcheurs de thon victimes des essais de Bikini, ont souffert : des effets des faibles doses accumulées avec le temps. Ceux qui nient l&#8217;effet de l&#8217;irradiation interne et l&#8217;effet des faibles doses ne croient pas au nombre réel des victimes de Tchernobyl comptabilisées par les scientifiques. Environ un million de victimes, quand les chiffres de l&#8217;ICRP ne comptent que 4000 enfants atteints du cancer de la thyroïde, et seulement 9 morts.</p>
<p>La vraie bataille citoyenne commence maintenant face à des autorités qui ne prennent pas les mesures nécessaires pour informer la population et ne communiquent pas sur la réalité de la contamination.</p>
<p><strong>Kolin Kobayashi</strong><br />
Toulouse, le 18 juin 2011</p>
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		<title>Autour de trois moments de l’histoire de l’écologie</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2012 08:26:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures]]></category>

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		<description><![CDATA[Franz Broswimmer, Une brève histoire de l&#8217;extinction en masse des espèces (2002), rééd. Agone, 2010, 12 € Jean-Paul Deléage, Une histoire de l&#8217;écologie, Seuil, 1991, 7,95 € Fairfield Osborn, La Planète au pillage (1948), rééd. Actes Sud, 2008, 8,50 € Les années 2000, au moins jusqu&#8217;à ce vendredi 11 mars 2011 qui a [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="LEFT"><strong><a href="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/lecture.jpg"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-98" title="lecture" src="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/lecture-150x150.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a>Franz Broswimmer, <em>Une brève histoire de l&#8217;extinction en masse des espèces</em> (2002), rééd. Agone, 2010, 12 <span style="font-family: Times New Roman,serif;">€<br />
</span>Jean-Paul Deléage, <em>Une histoire de l&#8217;écologie</em>, Seuil, 1991, 7,95 <span style="font-family: Times New Roman,serif;">€<br />
</span>Fairfield Osborn, <em>La Planète au pillage</em> (1948), rééd. Actes Sud, 2008, 8,50 <span style="font-family: Times New Roman,serif;">€</span></strong></p>
<p align="LEFT">Les années 2000, au moins jusqu&#8217;à ce vendredi 11 mars 2011 qui a réveillé d&#8217;autres angoisses, ont vu le changement climatique s&#8217;installer au centre des préoccupations environnementales. Peut-être aux dépens d&#8217;autres thématiques, comme l&#8217;érosion des sols ou la crise de la biodiversité, auxquelles d&#8217;autres époques ont prêté une oreille plus attentive. L&#8217;écologie aussi connaît des modes.<span id="more-304"></span></p>
<p align="LEFT">La question de la pollution était ainsi centrale dans les années 1970. Le verre d&#8217;eau de René Dumont deviendrait précieux à cause des pollutions infligées aux nappes phréatiques ; le recours à l&#8217;énergie nucléaire était inacceptable en raison de la dangerosité de la dispersion des radionucléides. Si les années 1980 ont accordé un peu d&#8217;attention aux thématiques environnementales, c&#8217;est peut-être la question de la déforestation qui a suscité le plus d&#8217;intérêt, avec l&#8217;émergence de figures comme le Brésilien Chico Mendes ou la Kenyane Wangari Maathai, décédée cette année. Un auteur comme Fairfield Osborn, qui écrit juste après la catastrophe écologique du Dust Bowl (1), accorde en 1948 de longs chapitres à l&#8217;érosion des sols : si l&#8217;élevage prédomine dans les paysages ruraux, comme ce fut le cas en Espagne à l&#8217;ère classique, les plantes aux systèmes racinaires assez profonds pour retenir les terres agricoles disparaissent, mangées par les troupeaux, et les terres ruissellent dans les océans, ne laissant plus que poussière dans des paysages ravagés. En 1991, Jean-Paul Deléage décrit cette entropie, ou tension d&#8217;un système vers le chaos, qui érode inexorablement les terres. Elle ne peut être que ralentie par la présence de forêts, d&#8217;une végétation adaptée, et il met l&#8217;accent sur les dangers de la déforestation, qui au contraire aggrave l&#8217;érosion naturelle.</p>
<p align="LEFT">Ces tendances, plutôt que des approches étroites se faisant concurrence, sont autant de portes d&#8217;entrées dans une maison (la nôtre) où tout se tient, tout est lié, et dont les équilibres écosystémiques sont attaqués de partout&#8230; Il n&#8217;y a qu&#8217;à choisir le bout par lequel on démêlera la pelote.</p>
<p align="LEFT">Dernier en date à proposer une histoire de l&#8217;écologie et un ambitieux état des lieux dans un bouquin grand public (2), Franz Broswimmer adopte l&#8217;angle de la disparition de la grande faune. Et depuis cette porte d&#8217;entrée, le sociologue de l&#8217;environnement, chercheur à l&#8217;université d&#8217;Hawaii-Manoa, déroule une impressionnante histoire du monde, qui court de l&#8217;extinction de la mégafaune australienne autour de 50.000 av. J.-C. aux désastres d&#8217;une déforestation encouragée par la Banque mondiale, en passant par les exploits douteux de Buffalo Bill, tueur de bisons et affameur de populations locales. La déforestation (pour le chauffage et la construction de logements, de bâtiments somptuaires ou de bateaux) et la surexploitation agricole non seulement détruisent l&#8217;habitat de la faune, mais encore bousculent le cycle de l&#8217;eau. Ajouter à cela une chasse excessive, c&#8217;est le <em>modus operandi </em>idéal pour attenter aussi bien à la diversité de la faune qu&#8217;aux conditions environnementales de la survie des sociétés.</p>
<p align="LEFT">Les contempteurs/rices les plus obtu·e·s du capitalisme mondialisé, les amoureux/ses des bons sauvages, les nostalgiques d&#8217;une époque où c&#8217;était beaucoup mieux, tout·e·s risquent d&#8217;être déçu·e·s par cette « brève histoire » qui bouscule quelques idées reçues. Non, les chasseurs-cueilleurs n&#8217;ont pas forcément vécu en harmonie avec la nature : aussi bien les Aborigènes que les Indien·ne·s d&#8217;Amérique du Nord ont su décimer 95 % de leur grande faune et dégrader leur environnement au point que celui-ci ne se compose plus que de plaines inhospitalières ; les hommes préhistoriques n&#8217;ont pas été de reste en Europe, et on a découvert des charniers où la viande de milliers d&#8217;animaux a pourri aussi inutilement que les bisons décimés par les colons américains. Non, la tension démographique n&#8217;est pas une raison essentielle de la dégradation de l&#8217;environnement, comme l&#8217;annonce Jared Diamond. C&#8217;est plutôt le rapport de l&#8217;être humain à la nature qui est en jeu, et le rapport des êtres humains entre eux.</p>
<p align="LEFT">Avec l&#8217;abandon de ses rites les plus en phase avec la nature, la Rome antique développe une <em>hubris</em> comparable à celle de Descartes et Newton. L&#8217;existence de surplus, de richesses non-nécessaires, établit souvent une classe privilégiée qui exerce sa domination sur les autres classes, paysan·ne·s, artisan·e·s, exigeant l&#8217;accroissement infini des surplus, poussant à la surproduction ou à l&#8217;exploitation des ressources naturelles au-delà de la capacité de régénération du milieu. La guerre, domination ultime, est abondamment décrite par Broswimmer comme l&#8217;occasion des pires prédations. Pour sa préparation d&#8217;abord : la marine athénienne rase les forêts environnantes pour construire ses bateaux ; les armées modernes consomment terres, carburants et budgets publics dans des proportions qu&#8217;on préfère souvent oublier. Mais la guerre elle-même s&#8217;accompagne depuis des siècles d&#8217;un assaut sur les ressources environnementales des ennemi·e·s, et si le sel déposé sur les terres de Carthage détruite tient peut-être de la légende, le tapis de bombes et de napalm dont l&#8217;armée US a recouvert le Vietnam est l&#8217;exemple le plus emblématique de l&#8217;écocide à l&#8217;échelle d&#8217;un pays.</p>
<p align="LEFT">Broswimmer décrit cette violence, consciente ou non, sur l&#8217;environnement dans un continuum impeccable. Les grandes tendances sont les mêmes dans l&#8217;histoire des sociétés qu&#8217;il décrit (3), mais le changement de rythme introduit par le capitalisme et le progrès technique est bien visible. Les exemples antiques emblématiques (Mésopotamie, Athènes, Rome, le Chaco, l&#8217;empire Maya, l&#8217;île de Pâques) sont bien documentés dans le second chapitre. Mais trois chapitres sur cinq sont au total consacrés aux écocides capitalistes, de l&#8217;Europe du XVe siècle jusqu&#8217;à la dictature du FMI et de la Banque mondiale, et ils s&#8217;attachent autant aux structures sociales qu&#8217;à un imaginaire scientiste et « progressiste ». On comprend l&#8217;intérêt pour la maison d&#8217;édition Agone, spécialisée dans une histoire sociale critique (de Chomsky à Howard Zinn, en passant par Jean-Pierre Berlan, auteur de <span style="font-size: small;"><em>La Guerre au vivant</em></span><span style="font-size: small;"> et de la préface de cette édition), de se pencher pour une fois sur la question écolo en donnant au public français une belle seconde chance de découvrir le travail de Franz Broswimmer.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: small;"><strong>Aude Vidal</strong></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: small;">(1) Une série de tempêtes de poussière sur le continent nord-américain dans les années 1930, qui contribue au moins autant que la dépression à jeter sur les routes des fermiers privés de terres, littéralement envolées.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: small;">(2) L&#8217;édition de 2010 du livre de Broswimmer vient après le best-seller de Jared Diamond, </span><span style="font-size: small;"><em>Effondrement</em></span><span style="font-size: small;"> (Gallimard, 2006), mais il a été publié avant, tant aux USA qu&#8217;en France (première édition française par Parangon en 2003, sous le titre </span><span style="font-size: small;"><em>Écocide</em></span><span style="font-size: small;">).</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: small;">(3) On peut regretter que, faisant le journal des mauvaises nouvelles, il passe sous silence les sociétés qui ont respecté leur environnement, laissant malgré lui l&#8217;image (anthropologiquement fausse) d&#8217;une « nature humaine » décidément mauvaise&#8230;</span></p>
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		<title>Les écolos peuvent-ils prendre le temps d&#8217;aller vite ?</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2012 08:21:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Reportages]]></category>

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		<description><![CDATA[« L&#8217;utilité marginale d&#8217;une augmentation de vitesse, accessible à un petit nombre de gens, a pour prix la croissante désutilité de la vitesse pour la majorité. (&#8230;) Il se crée une hiérarchie des destinations accessibles selon la vitesse qu&#8217;on est susceptible d&#8217;atteindre et chaque catégorie de destination définit une classe correspondante [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #000000;"><span style="font-size: large;"><strong><a href="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/reportage-color1.jpg"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-176" title="reportage-color" src="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/reportage-color1-150x150.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a></strong></span><span style="color: #888888;"><em>« L&#8217;utilité marginale d&#8217;une augmentation de vitesse, accessible à un petit nombre de gens, a pour prix la croissante désutilité de la vitesse pour la majorité. (&#8230;) Il se crée une hiérarchie des destinations accessibles selon la vitesse qu&#8217;on est susceptible d&#8217;atteindre et chaque catégorie de destination définit une classe correspondante d&#8217;usagers. (&#8230;) En outre, chaque nouveau réseau a pour effet la dégradation des réseaux de moindre vitesse et chaque dépassement d&#8217;un seuil de vitesse augmente d&#8217;autant la fraction du temps social dévolue aux déplacements. » <span id="more-299"></span></em></span></span></p>
<p><span style="color: #888888;">Ce constat d&#8217;Ivan Illich, <em>Europe-Écologie-Les Verts</em> tente de le faire mentir et sa position officielle, de la commission Transports aux différents votes en Conseil régional, a souvent été de refuser que les nouveaux projet de liaisons ferroviaires à grande vitesse entrent en concurrence dans les budgets publics avec le TER. C&#8217;était le cas par exemple avec le TAV et le soutien critique historique des élus écologistes au projet depuis 1995.<em> « Pour nous à l&#8217;époque, le Lyon-Turin, c&#8217;était non sauf si. Non, car nous n&#8217;avons jamais trouvé très intéressant de réduire le temps de parcours pour les voyageurs entre Lyon et Turin. Par contre, nous souscrivions au projet si effectivement c&#8217;était le moyen de régler le problème des marchandises sur les routes et si cela permettait de débloquer des moyens pour améliorer les liaisons régionales »</em>. Une stratégie peu claire, qui ne leur a fait que des ennemi·e·s, et qui, surtout, fait l&#8217;économie d&#8217;une réflexion écolo sur la vitesse. En 2011, les choses bougent. <em>« Avant d&#8217;être technique, cette question est avant tout politique et ces dernières années il y a des éléments nouveaux, lourds et forts, qui sont arrivés avec la crise économique et financière de l&#8217;Europe, l&#8217;aggravation de la crise écologique et l&#8217;épuisement annoncé des ressources. Nous devons d&#8217;abord définir quels seront les besoins souhaitables de circulation de marchandises par rapport à l&#8217;épuisement des ressources naturelles et à une économie relocalisée. C&#8217;est donc la question du type de société et du type d&#8217;économie dans laquelle les humains vont devoir vivre qui se pose ». </em>C&#8217;est effectivement ce que disent les No-Tav, cette nouvelle liaison ferroviaire à grande vitesse incarne un projet de société et une certaine vision du monde. <em>« Pour nous écologistes, cette infrastructure est inadaptée et incompatible avec le projet que nous défendons. C&#8217;est une infrastructure qui ne sert à rien si ce n&#8217;est à gaspiller énormément d&#8217;argent public, à entraîner la destruction de l&#8217;environnement et à renforcer le système productiviste »</em>. </span></p>
<p><span style="color: #888888;">Pourtant, tout le monde ne voit pas l’envahisseur à grande vitesse d&#8217;un mauvais œil chez EELV. La vision technicienne a encore le vent en poupe. <em>« Pour le 21ème siècle, le train doit être le mode de transport prioritaire pour le transport des marchandises à travers les Alpes, et pour les déplacements intercités pour les voyageurs. Si nous voulons porter cette ambition, les infrastructures actuelles qui datent de 150 ans doivent évoluer fortement. Pour préparer l&#8217;avenir, on doit en réaliser des nouvelles, d&#8217;autant plus que les projets comme le Lyon-Turin sont indispensables pour lutter contre la production des gaz à effet de serre et la pollution de l&#8217;air provenant du trafic automobile </em>». Cette question, EELV devrait la trancher d&#8217;ici la fin de l&#8217;année. Espérons cette fois-ci que la réflexion ne s&#8217;enferme pas dans un débat techniciste.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="color: #888888;"><strong>Mikaël Chambru</strong></span></p>
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		<title>Agroécologie : la nouvelle agriculture miracle ?</title>
		<link>http://www.lan02.org/2012/04/agroecologie-la-nouvelle-agriculture-miracle/</link>
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		<pubDate>Mon, 09 Apr 2012 08:14:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>

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		<description><![CDATA[Invité : Jacques Caplat Depuis quelques années, de plus en plus d’organisations, voire d’institutions (1), adoptent le terme d’agroécologie pour désigner des alternatives au système agro-industriel dominant. Présenté comme novateur, ce terme séduisant sous-entend pourtant l’inefficacité des alternatives antérieures (ce qui est abusif et désobligeant pour leurs promoteurs), et sa [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-size: small;"><a href="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/invit%C3%A9-color2.jpg"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-248" title="invité-color" src="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/invit%C3%A9-color2-150x150.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a><span style="color: #888888;"><strong>Invité : Jacques Caplat</strong></span></span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color: #888888;"><span style="font-size: small;">Depuis quelques années, de plus en plus d’organisations, voire d’institutions <strong>(1)</strong>, adoptent le terme d’</span><span style="font-size: small;"><em>agroécologie</em></span><span style="font-size: small;"> pour désigner des alternatives au système agro-industriel dominant. Présenté comme novateur, ce terme séduisant sous-entend pourtant l’inefficacité des alternatives antérieures (ce qui est abusif et désobligeant pour leurs promoteurs), et sa polysémie le rend facilement récupérable par le système qu’il entend dénoncer. Il pourrait ainsi se muer insidieusement en arme contre l’agriculture biologique, alors qu’il en est initialement un rejeton.<span id="more-287"></span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #888888;"><span style="font-size: small;">Les uns, comme Miguel Altieri aux États-Unis, l’emploient pour définir l’application de la science des écosystèmes aux systèmes agricoles <strong>(2)</strong>. D’autres, comme Pierre Rabhi, pour élargir une démarche agronomique vers des dimensions sociales et éthiques. D’autres encore, comme Valentin Beauval et des organisations brésiliennes, pour imaginer des techniques adaptées aux petites fermes et aux circuits de proximité.</span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #888888;"><span style="font-size: small;">Ces différentes démarches se recoupent largement, et pour cause : elles paraphrasent et prolongent les travaux des fondateurs de l’agriculture biologique. La définition d’Altieri est une reformulation de celle donnée en 1937 par Ehrenfried Pfeiffer <strong>(3)</strong>. L’approche des Brésiliens et de V. Beauval est le prolongement des préoccupations exprimées dans les années 1930 à 1950 par Hans Müller et Hans-Peter Rusch. P. Rabhi dit « ajouter » à la bio des préoccupations qui en furent pourtant historiquement fondatrices ! Ces trois courants de l’agroécologie s’inscrivent exactement dans la définition originelle et mondiale de l’agriculture biologique – bien plus large et sociale que la réductrice « interdiction des produits chimiques de synthèse » du règlement bio européen.</span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #888888;"><span style="font-size: small;">Dès lors, pourquoi vouloir « inventer » un nouveau concept quand il serait plus fécond d’assumer une filiation et de viser clairement à approfondir et améliorer certains courants internes d’une bio multiple et ouverte ? Pourquoi se placer « à côté » quand il serait bien plus efficace de monter sur les épaules des géants qui nous ont précédés<strong> (4)</strong> ?</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color: #888888;"><span style="font-size: small;">Cette interrogation critique est d’autant plus nécessaire que d’autres acceptions du terme </span><span style="font-size: small;"><em>agroécologie</em></span><span style="font-size: small;"> se font jour. Altieri ou Rabhi admettent-ils employer le même mot que les tenants d’une « agriculture écologiquement intensive » utilisant des OGM, qu’une recherche agro-industrielle légèrement repeinte en vert, ou que les communicants de McDonald’s ? Plutôt qu’une notion sans délimitation consensuelle, ne serait-il pas plus simple d’employer un terme défini à l’échelle internationale <strong>(5)</strong>… et de revendiquer tout simplement vouloir enrichir et revivifier l’agriculture biologique ?</span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #888888;"><span style="font-size: small;"><strong>Notes</strong></span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color: #888888;"><span style="font-size: small;">(1) Agrisud, </span><span style="font-size: small;"><em>L’Agroécologie en pratiques</em></span><span style="font-size: small;">, 2010, Éd. Agrisud International ; De Schutter Olivier, </span><span style="font-size: small;"><em>Agroécologie et droit à l’alimentation</em></span><span style="font-size: small;">, Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, 2011. </span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color: #888888;"><span style="font-size: small;">(2)</span><span style="font-size: small;"> Altieri Miguel A., </span><span style="font-size: small;"><em>Agroecology: The Science of Sustainable Agriculture</em></span><span style="font-size: small;">, Westview Press, 1995.</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color: #888888;"><span style="font-size: small;">(3) Pfeiffer Ehrenfried, </span><span style="font-size: small;"><em>La Fécondité de la terre</em></span><span style="font-size: small;">, Triades, 1975 (première édition : 1937).</span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #888888;"><span style="font-size: small;">(4) Pour reprendre la formule de Jean de Salisbury, utilisée également par Blaise Pascal : « <em>Si nous voyons plus loin que les Anciens, c’est parce que nous sommes des nains assis sur des épaules de géants</em> ».</span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #888888;"><span style="font-size: small;">(5) Les « règles de base » de la bio sont consignées par l’IFOAM (fédération internationale des mouvements de l’agriculture biologique) qui réunit 700 organisations dans plus de 150 pays.</span></span></p>
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		<title>Le temps des femmes</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Mar 2012 12:32:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[par Dominique Méda Ces dernières années, des enquêtes nombreuses ont mis en évidence la répartition encore fortement déséquilibrée des différents temps entre les hommes et les femmes, a fortiori lorsque ceux-ci sont parents. Grossièrement, les hommes passent plus de temps au travail et dans les loisirs, et les femmes dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="LEFT"><strong><a href="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/temps.png"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-252" title="temps" src="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/temps-150x150.png" alt="" width="150" height="150" /></a>par Dominique Méda</strong></p>
<p align="LEFT">Ces dernières années, des enquêtes nombreuses ont mis en évidence la répartition encore fortement déséquilibrée des différents temps entre les hommes et les femmes, <em>a fortiori</em> lorsque ceux-ci sont parents. Grossièrement, les hommes passent plus de temps au travail et dans les loisirs, et les femmes dans les activités domestiques et familiales <strong>(1)</strong>.</p>
<p align="LEFT">Ces investissements temporels différents doivent, certes, être précisés selon la situation familiale (l’écart entre hommes et femmes est plus grand en présence d’enfants et surtout de jeunes enfants), mais aussi selon le niveau de revenu et de diplôme : plus leur niveau de diplôme est élevé, plus les femmes travaillent, ont des enfants tard, interrompent moins leur carrière et vivent avec des partenaires avec lesquels les responsabilités sont mieux partagées <strong>(2)</strong>. <span id="more-277"></span></p>
<p align="LEFT"><strong>Le temps de travail des femmes structuré autour de contraintes domestiques</strong></p>
<p align="LEFT">Il n’empêche, d’une manière générale, un certain nombre de tâches restent exercées prioritairement par les femmes : au niveau domestique, le repassage, les repas quotidiens, le ménage et les courses ; au niveau familial, la garde des enfants lorsqu’ils sont malades, le fait de les habiller ou de vérifier qu’ils sont habillés, et de leur faire faire les devoirs <strong>(3)</strong>. Or, on voit combien la prise en charge de ces activités est structurante en matière temporelle : l’emploi du temps d’un grand nombre de femmes, et tout particulièrement celles qui ont de jeunes enfants et qui ne disposent pas des moyens de partager cette charge ou de la déléguer entièrement <strong>(4)</strong>, est ainsi, en grande partie, déterminé par ces activités parallèles au travail.</p>
<p align="LEFT">L’arrivée du premier enfant constitue donc un choc sur l’activité féminine, environ 40 % des mères connaissant un changement dans leur activité professionnelle à la suite d’une naissance, contre seulement 6 % des pères <strong>(5)</strong>. Ce premier choc a des conséquences sur l’ensemble de la carrière, en termes de temps de travail, de prise de responsabilité et de rémunération des femmes. D’une manière générale, il existe des liens forts entre ce déséquilibre des prises en charge temporelles et les inégalités hommes-femmes persistantes en matière professionnelle, ceci sur fond d’orientation scolaire différenciée entre filles et garçons, et malgré une extraordinaire montée des niveaux d’éducation féminins.</p>
<p align="LEFT">Pourquoi une telle différence entre hommes et femmes ? Elle n’est en rien naturelle ou biologique : elle s’explique d’abord par la construction historique différenciée des rôles sociaux sexués, et ensuite par la très insuffisante réaction des institutions au moment où les femmes ont pu accéder massivement aux études supérieures et au marché du travail dans les années 1970. Cette arrivée aurait dû provoquer un vaste débat national et une adaptation radicale de la société en vue de redistribuer les rôles et les temps : développement des services et des structures d’accueil des jeunes enfants, accroissement de l’investissement des pères, révision drastique de l’organisation du temps de travail ; tout ceci afin de permettre la conciliation entre parentalité et activité professionnelle féminine.</p>
<p align="LEFT"><strong>La conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle, une question « sous-traitée »…</strong></p>
<p align="LEFT">Un tel débat n’a guère eu lieu qu’en Suède dans les années 1970 et, plus tard, aux Pays-Bas dans les années 1990. Mais pas en France, où tout s’est passé comme si les femmes avaient été autorisées à accéder à l’autonomie financière et au marché du travail à condition que rien d’autre ne change, c’est-à-dire qu’elles assument seules les conséquences de cette évolution. Celles-ci sont aujourd’hui assez claires : les femmes travaillent plus à temps partiel, n’accèdent pas aux mêmes postes que les hommes et continuent à gagner moins qu’eux à niveau de qualification égal. Et cette question centrale de la qualité de l’emploi des femmes mais aussi plus généralement de la qualité de vie des mères actives reste sous-traitée <strong>(6) </strong>: elle n’est pas jugée suffisamment noble pour faire l’objet d’un débat public.</p>
<p align="LEFT">Or, on ne peut pas ne pas faire le lien entre le peu d’intérêt accordé au traitement politique de cette question et le fait que les principales personnes concernées soient les femmes. On ne peut pas non plus faire fi des résistances au changement qui sont le fait, tant des détenteurs des emplois auxquels les femmes pourraient légitimement prétendre (le plus souvent des hommes), que des entreprises, des institutions et des groupes d’intérêt qui seraient nécessairement affectés par ces réorganisations d’ampleur. Car il s’agit de permettre à tous les hommes et toutes les femmes, de toutes conditions, de concilier réellement vie professionnelle, vie familiale et vie privée. C’est donc toute l’articulation du travail et du hors travail qui doit être repensée et notamment la possibilité d’une norme d’emploi à temps complet beaucoup plus courte et beaucoup mieux intégrée aux différents cycles de vie. Un tel changement ne serait pas qu’au seul avantage des mères mais bien évidemment aussi des pères (dont une partie revendique désormais la possibilité d’une paternité active et d’une déspécialisation des rôles), et beaucoup plus généralement de tous ceux qui souhaitent pouvoir concilier les différents rôles qui leur incombent : citoyens, travailleurs, parents…</p>
<p align="LEFT"> <strong>L’enjeu de la qualité de vie</strong></p>
<p align="LEFT">L’expérience a montré (en 1998, au moment des débats sur la réduction du temps de travail) que cette ligne d’argumentation (l’égalité hommes-femmes et la qualité de vie) est moins prisée par les partis de gauche qu’une argumentation en termes de lutte contre le chômage. Or, comme le soulignent la philosophe américaine Nancy Fraser et la sociologue Jane Jenson, il y a un piège à pousser les feux de l’activité féminine et de la « valeur travail » (comme ça a été le cas lors de la précédente campagne présidentielle, et alors même que c’était surtout sa dégradation qui était organisée…) en négligeant les valeurs du <em>care</em> et plus généralement les activités autres que productives. On peut pourtant se demander si ces différentes questions ne pourraient pas converger autour de l’idée d’une amélioration de la qualité de vie de chacun, homme et femme, au travail et en dehors du travail, passant par une amélioration de la qualité de l’emploi et un partage du travail.</p>
<p align="LEFT">C’est alors de la capacité à traiter ensemble trois imposantes questions de société, celles de l’égalité hommes-femmes, du travail, et de la reconversion écologique, que pourrait naître la possibilité d’un autre modèle de développement : une configuration où hommes et femmes accéderaient également à un travail de qualité, plus court, mieux partagé, moins intensif, moins générateur de déchets et de pollutions et plus générateur de sens et de lien social, mieux intégré dans le reste de la vie et permettant d’accorder à la vie politique, sociale, familiale et personnelle, le temps qui convient. Ce sont sans doute les éléments concrets de cette transition vers un autre modèle qu’il importe désormais de mettre au cœur du débat public.</p>
<p align="LEFT"><strong>Notes</strong></p>
<p align="LEFT"><strong>(1)</strong> La dernière enquête <em>Emploi du temps</em> de l’INSEE, qui date de 1999, avait déjà montré que le temps moyen quotidien consacré aux soins des enfants était de 25 minutes par ménage, à raison de 38 minutes pour les femmes et de seulement 11 minutes pour les hommes. Des travaux plus approfondis ont montré que les hommes consacraient trois fois moins de temps aux tâches parentales que les femmes (<em>Algava E. (2002), « Quel temps pour les activités parentales ? », DREES, </em><em><em>Études et résultats</em></em>, <em>mars).</em> La prochaine enquête Emploi du temps est désormais <a href="http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1377">disponible</a>.</p>
<p align="LEFT"><strong>(2)</strong> Une récente exploitation de l’enquête <em>Emploi du temps</em> (Lesnard L. (2009), <em>La Famille désarticulée. Les Nouvelles Contraintes de l’emploi du temps</em>, PUF) a, à cet égard, montré une accentuation de la polarisation entre, d’une part, les couples peu diplômés, aux faibles revenus, et les familles monoparentales, au chômage ou travaillant souvent à temps partiel ou en horaires décalés, qui ne disposent que de très peu de temps pour leurs enfants, et, d’autre part, les couples aisés, travaillant beaucoup mais sur des horaires réguliers, et consacrant un temps de qualité à leurs enfants.</p>
<p align="LEFT"><strong>(3)</strong> D. Bauer (2007), « Entre maison, enfant(s) et travail : les diverses formes d’arrangement dans les couples », <em>Études et résultats</em>, n° 570, avril.</p>
<p align="LEFT"><strong>(4)</strong> L’offre insuffisante de modes de garde fait que deux tiers des enfants de 0 à 3 ans sont gardés par leurs parents, c&#8217;est-à-dire par leur mère.</p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: small;"><strong>(5)</strong> Pailhé A., Solaz A. (2006), « La charge de la conciliation repose essentiellement sur les femmes », </span><span style="font-size: small;"><em>Population et Société</em></span><span style="font-size: small;">, n° 426, INED.</span></p>
<p align="LEFT"><strong>(6)</strong> Dans tous les sens du terme… voir l’article de François-Xavier Devetter et Sandrine Rousseau, « Temps libre et sale boulot&nbsp;&raquo;, dans ce numéro (NdE).</p>
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		<title>Rien ne sert de courir sur un tapis roulant</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Mar 2012 12:02:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[par Olivier Merly Dans son ouvrage Accélération (1), fruit d&#8217;une approche originale et critique de la question du temps dans nos sociétés « modernes », Hartmut Rosa tente de tirer au clair le paradoxe qui veut que plus nous perfectionnons nos outils techniques, nos processus de production, nos moyens de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="LEFT"><span style="font-family: Times New Roman,serif;"><span style="font-size: small;"><strong><a><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-252" title="temps" src="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/temps-150x150.png" alt="" width="150" height="150" /></a></strong></span></span></p>
<p><strong>par Olivier Merly</strong></p>
<p>Dans son ouvrage <em>Accélération</em><strong> (1)</strong>, fruit d&#8217;une approche originale et critique de la question du temps dans nos sociétés « modernes », Hartmut Rosa tente de tirer au clair le paradoxe qui veut que plus nous perfectionnons nos outils techniques, nos processus de production, nos moyens de communication, et plus nous changeons avec eux, plus nous nous trouvons pris par ce sentiment diffus et partagé de manquer de temps.<span id="more-263"></span></p>
<p>En effet, depuis la fin du moyen-âge et le début de l&#8217;époque moderne, les sociétés européennes connaissent un emballement continu de leur rythme de vie concomitant à celui, erratique, du changement et du renouvellement technique, lui-même stimulé par la quête de la productivité et de l&#8217;accumulation ainsi que par les horizons de promesse d&#8217;un temps ascendant, linéaire et progressiste. Ce mouvement permanent d&#8217;amélioration technique, particulièrement criant en matière de transports et de moyens de communication, génère des effets de contraction spatiale et temporelle : les distances se réduisent au fur et à mesure que se relayent des appareils de plus en plus rapides et efficients, tant et si bien que l&#8217;espace et le temps ne sont plus strictement enchâssés l&#8217;un dans l&#8217;autre. L&#8217;innovation technologique <strong>(2)</strong> soutenue et permanente, supposée nous faire gagner du temps dans nos activités quotidiennes, participe de l&#8217;accélération de tous les facteurs de la vie et nous conduit à accomplir plus de tâches en moins de temps, sans pour autant nous en libérer, nous invitant alors à souhaiter de nouvelles innovations afin de nous permettre à nouveau de dégager du « temps libre » durant lequel finalement nous allons accomplir plus de tâches encore&#8230; Le paradoxe dans cette logique d&#8217;accélération, dont les effets se font sentir aussi bien au niveau du changement social qu&#8217;à celui, individuel, du rythme de vie et des sentiments qui l&#8217;accompagnent – stress, peur, confusion, dépression, euphorie –, se manifeste dans l&#8217;effet de « sur place » qu&#8217;elle engendre et dans la fixation qu&#8217;elle opère du sujet moderne au temps présent. Ainsi, avec pour horizon d&#8217;attente et pour cap la « vie bonne » et bien remplie, chaque être humain s&#8217;engage dans une quête infinie d&#8217;expériences, guette et saisit au vol toutes les opportunités qui s&#8217;offrent à lui sur un rythme effréné et lui permettent de composer un récit de vie, cohérent sur le court terme : celui d&#8217;un être souvent submergé par le flot du choix incessamment renouvelé au présent, se précipitant toujours plus vite vers plus de célérité, vers une intégration accrue, consciente ou pas, aux logiques systémiques de l&#8217;économie, vers nulle part en particulier, en somme.</p>
<p>Notre planète, joli grain de poussière d&#8217;étoile au milieu de l&#8217;univers, est d&#8217;autant plus petite que ses dimensions diminuent au fur et à mesure que l&#8217;intelligence humaine cherche et trouve des solutions pour en traverser plus rapidement les étendues.</p>
<p>Pourquoi ne pas chercher d&#8217;autres rythmes, plus « naturels », pour se balader sur ce merveilleux caillou, plutôt que de se précipiter d&#8217;un côté à l&#8217;autre sans autre but que de continuer d&#8217;avancer, toujours plus<br />
vite ?</p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p><strong>(1)</strong> Hartmut Rosa, <em>Accélération. Une critique sociale du temps</em>, trad. D. Renault, Paris, La Découverte, coll. « Théorie critique », 2010.</p>
<p><strong>(2)</strong> La technologie, à titre de définition parcellaire, correspond à la convergence de savoirs scientifiques, pratiques et techniques, avec la force transformatrice de l&#8217;industrie. Elle compose également un registre de discours expert intégré à celui de l&#8217;économie, et qui implique une forte réification du monde, perçu comme espace pour l&#8217;humain, comme ressources utilisables, comme environnement modulable et perfectible.</p>
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		<title>« La lenteur est aussi une vitesse »</title>
		<link>http://www.lan02.org/2012/03/la-lenteur-est-aussi-une-vitesse/</link>
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		<pubDate>Thu, 29 Mar 2012 11:52:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dossiers]]></category>

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		<description><![CDATA[entretien avec Thierry Paquot L&#8217;An 02 : Le mouvement écologiste donne-t-il, selon vous, à la question du temps l&#8217;importance qu&#8217;elle mérite ? Le traitement de cette question (à travers celles de la RTT, de la vitesse, etc.) dessine-t-il des lignes de fracture au sein de ce mouvement ? Thierry Paquot : Le « mouvement écologiste », [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="LEFT"><span style="color: #000000;"><strong><a href="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/temps.png"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-252" title="temps" src="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/temps-150x150.png" alt="" width="150" height="150" /></a><span style="color: #888888;">entretien avec Thierry Paquot</span><br />
</strong></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #888888;"><em><strong>L&#8217;An 02</strong></em><strong> : Le mouvement écologiste donne-t-il, selon vous, à la question du temps l&#8217;importance qu&#8217;elle mérite ? Le traitement de cette question (à travers celles de la RTT, de la vitesse, etc.) dessine-t-il des lignes de fracture au sein de ce mouvement ?</strong></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #888888;"><strong>Thierry Paquot : </strong>Le « mouvement écologiste », à l’échelle mondiale, est particulièrement divers et certaines de ses composantes d’origine ont disparu, d’autres sont apparues depuis, sans toujours revendiquer un héritage particulier, aussi je formulerais une réponse plus générale. La question du temps n’a pas été un des fers de lance de cette nébuleuse, pourtant féconde.<span id="more-251"></span> En effet, ses revendications portaient, et portent encore, sur la protection de la nature, sur la condamnation des pollutions et des pollueurs, sur la qualité de l’agriculture, sur la défense des paysages, sur la remise en cause de la production et de la consommation de masse, sur les inégalités sociales (et aussi Nord/Sud), sur la délicate question de la démographie, etc. Ni René Dumont, ni René Dubos, ni Jacques Ellul, ni Serge Moscovici, ni le Groupe des Dix, ni André Gorz ou encore Félix Guattari pour ne citer que ceux-là, sans mentionner les Américains ou les « pionniers » de l’écologie politique ou les partisans de la <em>deep ecology</em> et les militantes de l’<em>ecofeminism</em> ne s’arrêtent sur le temps, comme bien existentiel non renouvelable et trop souvent gaspillé. Il faut préciser que le « temps », philosophiquement parlant, ne fait l’objet d’analyses spécifiques qu’avec Jean-Marie Guyau, Henri Bersgon, Gaston Bachelard et surtout Martin Heidegger, qui avec, <em>Sein und Zeit</em> (1927) révolutionne fondamentalement la manière de le penser. C’est chacun d’entre nous qui présentifie le temps en lui donnant un contenu, en le transformant de temps « présent », « disponible » en un « temps pour ». Si l’être humain est un « être jeté pour la mort », c’est-à-dire que dès sa naissance le compte à rebours est déclenché et que l’issue fatale ne peut être ignorée, son destin est alors marqué par les manières dont il va « habiter le temps », pour reprendre le titre d’un remarquable essai de Jean Chesneaux. Selon les cultures, les religions, les modes de vie, l’appréciation du temps, sa mesure, ses représentations sont différentes, ce dont l’écologie temporelle à construire doit tenir compte. C’est du reste cette diversité des rythmes et des temporalités qui assure à l’humanité sa richesse. </span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #888888;">Chaque individu devrait, régulièrement, examiner ses temps « vécu », « conçu » et « perçu » de même qu’il se préoccupe, à la suite d’Henri Lefebvre, de ses espaces « vécu », « conçu » et « représenté ». À ce temps de l’intime (« pour soi »), se combinent les temps sociaux, décidés et souvent imposés par d’autres, comme les horaires des transports, des administrations, des commerces, etc. Ceux-ci sont fréquemment chronophages, songeons aux embouteillages, aux retards des trains, aux attentes à l’aéroport, aux « urgences » de l’hôpital ou au guichet de la mairie, etc. Mais là où la société bride le plus les temporalités individuelles, c’est dans son absurde tripartition de la journée et de la vie. Chaque jour est découpée en trois « moments » à peu près égaux, le temps de sommeil, le temps de travail et le temps pour assurer les deux autres (transports, courses, loisirs, éducation…), c&#8217;est ce que les sociologues appellent « la vie quotidienne », et l’existence comprend trois temps inégaux : l’enfance et la formation, la vie active (!) et la retraite (!). Ces deux tripartitions ne visent que les populations des pays dans lesquels l’économie repose sur le salariat. Avec l’extension du domaine du précariat, la combinaison des trois « moments » quotidiens se modifie. De même, l’allongement de la vie permet une retraite « active » qui vient parasiter la vie dite « active » qui elle-même est contrariée par le chômage… Ces deux tripartitions vont connaître de puissants changements dans les années à venir, ce sont elles qui vont politiser la question du temps et stimuler une « écologie temporelle ».</span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #888888;"><em><strong>L&#8217;An 02</strong></em><strong> : Quelles sont les réponses possibles face à la « chronophagie dominante » ? Réponses individuelles, culturelles, politiques, quelles articulations entre elles proposez-vous ?</strong></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #888888;"><strong>Thierry Paquot : </strong>Il y a là un paradoxe. Pour le capitalisme « le temps c’est de l’argent », d’où la chasse aux « temps morts », le taylorisme, la sous-traitance, la flexibilité, les flux tendus, etc., et pourtant ce même capitalisme alimente d’incroyables « pertes » de temps, comme le démontre, Jean Robert, un compagnon d’Ivan Illich, dans <em>Le Temps qu’on nous vole</em> (Seuil, 1980), qui préconise des actions pour contrecarrer les méfaits des « progrès » chonophagiques en matière de transport. Personnellement, je dénonce la tyrannie de la vitesse pour la vitesse qui s’impose comme seule mesure du progrès technique, or, la lenteur est aussi une vitesse, il convient donc de bien comprendre que la lenteur s’oppose à la rapidité mais pas à la vitesse, et que celle-ci peut décélérer. Il serait fastidieux de lister ici toutes les possibilités d’organiser le temps autrement, mais c’est un formidable chantier. Je ne donnerais que deux exemples, l’apport de l’ordinateur et la chronotopie. Avec les applications de l’ordinateur, il est envisageable de différer telle activité, de la combiner à telle l’autre et ainsi d’économiser son propre temps en le répartissant mieux et en agissant au « bon » moment pour vous, dans votre propre déroulé temporel. Quant à la chronotopie c’est la façon de ménager (ou prendre soin) les lieux dans lesquels nous inscrivons notre quotidien. Elle comprend aussi des « maisons des temps » qui à l’échelle d’une agglomération, par exemple, tentent d’harmoniser les temps sociaux aux temps individuels et des « banques du temps », qui facilitent les échanges entre citadins rémunérés en temps (une heure d’anglais contre une heure de jardinage, la garde des enfants contre un cours de piano, etc.). Là, comme souvent pour l’écologie politique, l’expérimentation est à encourager…</span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #888888;"><em><strong>L&#8217;An 02</strong></em><strong> : Vous êtes un militant de la sieste au nom du respect des rythmes chronobiologiques, est-ce une revendication récupérable par les partisans de la productivité ? permet-elle d&#8217;autres ruptures ? </strong></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #888888;"><strong>Thierry Paquot : </strong>La sieste est un bienfait. C’est aussi l’expression la plus intime du temps personnel, celui de la chronobiologie. Personne ne peut me dicter « ma » sieste ! C’est un moment privilégié durant lequel je me mets volontairement, et avec délectation, hors du jeu social. Faire la sieste c’est dire « pouce ! », et durant quelques minutes se lover en une pause réparatrice. Bien sûr, elle peut être récupérée, et un patron remarquera vite qu’en tolérant la sieste, il regaillardit son personnel… La sieste, comme sa cousine la paresse, est indispensable à revendiquer dans un monde qui globalise le temps et en gomme l’hétérogénéité. Il faut cultiver le plaisir du temps, telle une incomparable gourmandise.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #888888;"><em><strong>L&#8217;An 02</strong></em><strong> : Quelle serait votre définition d&#8217;une « écologie temporelle » ?</strong></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #888888;"><strong>Thierry Paquot : </strong>Bernard Charbonneau, avec <em>Dimanche et lundi </em>(1966), ouvre la voie à une écologie temporelle, même si l’expression devra attendre les travaux de William Grossin et des « Temporalistes », à partir des années 1980, pour être formulée sans toutefois aboutir ni à une politique ni à une théorie (<em>Pour une science des temps, introduction à l’écologie temporelle</em>, 1996). C’est dans <em>Éloge du luxe, de l’utilité de l’inutile </em>(2005) et <em>Petit Manifeste pour une écologie existentielle</em> (2007) que j’esquisse cette théorisation en montrant les impacts de l’organisation temporelle sur la consommation d’énergie, la santé, la quotidienneté, le travail, les loisirs, etc. L’écologie temporelle est un des piliers de l’écologie existentielle, elle concourt à réconcilier l’être humain avec ses biorythmes et à assurer une continuité « douce » entre ses temporalités, tant sociales qu’individuelles. </span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #888888;"><strong>Propos recueillis par Aude Vidal, septembre 2011</strong></span></p>
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		<title>L’innovation sociale : une utopie concrète au service de la décroissance ?</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Mar 2012 11:45:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>

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		<description><![CDATA[Invité : Aurélien Boutaud Le constat de la limite des ressources naturelles a toujours posé un problème de fond à la société productiviste. Comment, en effet, imaginer une croissance infinie dans un monde dont les ressources sont limitées ? Pour penser qu’une telle équation peut être résolue, il n’y a [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/invit%C3%A9-color2.jpg"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-248" title="invité-color" src="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/invit%C3%A9-color2-150x150.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a>Invité : Aurélien Boutaud</strong></p>
<p>Le constat de la limite des ressources naturelles a toujours posé un problème de fond à la société productiviste. Comment, en effet, imaginer une croissance infinie dans un monde dont les ressources sont limitées ? Pour penser qu’une telle équation peut être résolue, il n’y a pas de doutes : il faut être fou… ou bien économiste <strong>(1)</strong> !<span id="more-246"></span></p>
<p>Pourtant, c’est bel et bien ce projet complètement dingue vers lequel nous filons aujourd’hui tête baissée. Et c’est bien de folie dont il faut parler. De folie pure ! Car on aura beau tourner le problème dans tous les sens, l’équation de la croissance verte ne pourra être résolue qu’à travers un seul et unique levier d’action : l’innovation technologique. Pour produire toujours davantage à partir d’une quantité fixe de ressources, il n’y a en effet pas d’autre solution que celle qui consiste à augmenter indéfiniment la productivité de ces mêmes ressources. OGM, nucléaire, géoingénierie du climat, nanotechnologies, chimie et biologie de synthèse… à ne pas vouloir remettre en cause le mode des vies des plus riches, on n’a pas fini de voir se développer les technologies les plus folles.</p>
<p>La bonne nouvelle, c’est qu’une partie de plus en plus large de la population mondiale rejette aujourd’hui cette voie prométhéenne. Face à la solution de « l’innovation technologique à tout crin », se propage ainsi à travers le monde un vaste courant d’initiatives que, par opposition, certains qualifient aujourd’hui d&#8217;« innovation sociale ». De quoi s’agit-il ?</p>
<p>Pour François Jégou et Ezio Manzini « <em>Le terme d’innovation sociale renvoie aux changements opérés par des individus ou des communautés</em> (…)<em>. Ces innovations sont davantage générées par des changements de comportement que par des évolutions technologiques ou par le marché, et elles émergent &laquo;&nbsp;par le bas&nbsp;&raquo; plutôt que &laquo;&nbsp;par le haut&nbsp;&raquo;</em> ». Il s’agit donc de miser, ici et maintenant, sur un changement radical des modes de production et de consommation afin de faire émerger des styles de vie réellement soutenables.</p>
<p>Et l’aspect le plus enthousiasmant de ce champ d’étude émergent, c’est qu’il ne s’agit pas d’un modèle théorique mais bel et bien d’une utopie concrète qui se construit au jour le jour. En témoigne par exemple le foisonnement de projets recensés et analysés depuis plusieurs années par le DESIS Network. En témoigne également un très récent rapport des Nations Unies sur les modes de vie soutenables. Autoproduction à gogo, bricothèques, ressourceries en tous genres, cycles courts agricoles, ateliers associatifs, coopératives de tous poils, coaching à vocation de sobriété énergétique, monnaies alternatives… qu’il s’agisse de recycler, prolonger la durée de vie des produits, relocaliser la production ou simplement retisser du lien entre les habitants d’un territoire, on est effaré par l’ingéniosité de ces « communautés créatrices » et leur capacité à s’emparer des problèmes les plus complexes.</p>
<p>Une utopie en marche ? Peut-être. L’immersion dans ce monde de l’innovation sociale et soutenable laisse en tout cas l’impression d’un immense champ d’expérimentation ; le sentiment d’avoir à disposition toutes les briques nécessaires à la construction d’un autre monde. Reste à savoir comment agencer ce tas de briques pour en faire une véritable architecture. Mais là, ce n’est plus d’innovation sociale dont nous avons besoin… mais bel et bien d’innovation politique !</p>
<p>Chiche ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Pour en savoir plus sur l’innovation social et soutenable :<br />
Jégou F., Manzini E., 2008. <em>Collaborative services. Social innovation and design for sustainability</em>. Ed. POLI.Design, Milan<br />
United Nations Environment Programme, 2011. <em>Visions for change. A global survey of sustainable lifestyles</em>, UNEP, Nairobi<br />
Le site du <a href="http://www.desis-network.org/">DEsign for Social Innovation and Sustainability Network</a></p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p><strong>(1)</strong> On attribue généralement cette dernière phrase à l’économiste étasunien Kenneth Boulding.</p>
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		<title>Mathias Roux, J&#8217;ai demandé un rapport. La politique est-elle une affaire d&#8217;experts ?</title>
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		<pubDate>Mon, 20 Feb 2012 16:08:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures]]></category>

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		<description><![CDATA[Flammarion, 2011, 120 pages, 8 € Jacques Ellul (1965), L&#8217;Illusion politique, réédition La Table ronde, 2004, 10 € (épuisée) On a pu résumer la technique comme la recherche systématique d&#8217;efficacité, le one best way ou meilleure (et unique) manière de procéder. S&#8217;il n&#8217;y a plus qu&#8217;une option, il n&#8217;y a [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/lecture.jpg"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-98" style="margin-left: 5px; margin-right: 10px;" title="lecture" src="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/lecture-150x150.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a><strong>Flammarion, 2011, 120 pages, 8 €</strong><br />
<strong> <em></em>Jacques Ellul (1965), <strong><em>L&#8217;Illusion politique</em>, </strong>réédition La Table ronde, 2004, 10 € (épuisée)</strong></p>
<p>On a pu résumer la technique comme la recherche systématique d&#8217;efficacité, le<em> one best way</em> ou meilleure (et unique) manière de procéder. S&#8217;il n&#8217;y a plus qu&#8217;une option, il n&#8217;y a plus de politique. C&#8217;était le rêve de la cybernétique : entrez vos données, appuyez sur le bouton et l&#8217;ordinateur génère pour vous de la décision publique. Plus besoin de faire appel au peuple, quant aux données elles seront produites de manière professionnelle. C&#8217;est de ce déplacement de la politique, du domaine de la chose publique à celui de l&#8217;expertise, qu&#8217;examine Mathias Roux. D&#8217;abord un rêve : que le peuple a disparu de l&#8217;arène politique, que ses défauts intrinsèques (la passion, la méconnaissance des questions en jeu, le fait même d&#8217;être juge de ce qui le concerne, non mais alors !) l&#8217;ont définitivement discrédité. Démocratie = populisme = fascisme. Du côté des élites autoproclamées au contraire, on flirte de très près avec la vérité, d&#8217;où une légitimité bien plus grande à gouverner, symbolisée par un Jacques Attali qui ne consent à livrer un rapport « pour la libération de la croissance » qu&#8217;avec l&#8217;assurance que les mesures qu&#8217;il accumule seront traduites immédiatement en action publique. Immédiatement, c&#8217;est à dire sans méditation, sans examen de ces propositions dans la balance politique.<span id="more-214"></span></p>
<p>L&#8217;auteur enseigne la philosophie, et ça se sent dans le décalage du regard que prétend (mission honnêtement accomplie pour cet opus-ci) apporter la collection « Antidote », inaugurée en cette rentrée chez Flammarion. C&#8217;est moins la prétention à la vérité qui est mise à mal que l&#8217;idée même de se réclamer de la vérité dans le champ politique. A la science et à la vérité, à qui il refuse droit de cité, Mathias Roux oppose une insécurité féconde, la possibilité de se tromper qui accompagne la liberté politique dans sa recherche de la justice. Puisque le monde est trop complexe, personne ne peut être assuré de détenir à son sujet un savoir indépassable, l&#8217;expertise n&#8217;a donc pas lieu d&#8217;être, c&#8217;est à l&#8217;arbitrage politique de prendre le relais.</p>
<p>Jacques Ellul, adjoint au maire de Bordeaux à la sortie de la guerre, a tiré une conclusion plus pessimiste de la complexité des sociétés contemporaines. Il ne s&#8217;agit pas de se battre pour garder « le choix du choix », car ce n&#8217;est pas un rapport de force, la lutte des classes, mais le système technicien lui-même qui nous dépossède de l&#8217;agenda politique et nous ferme les possibles. C&#8217;est donc à ce système et à son emprise qu&#8217;il nous faut nous attaquer : l&#8217;énergie nucléaire au service de l&#8217;émancipation, c&#8217;est structurellement aussi impossible que des tracteurs dans le bocage ou des TGV qui « innervent les territoires ». Ici se situe le gouffre entre la pensée écolo, dans toutes ses ramifications, et ce qu&#8217;on appellera faute de mieux « la gauche », qui persiste à vouloir comme l&#8217;auteur régler entre être humains des affaires qui nous dépassent.</p>
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		<title>Crise de satiété</title>
		<link>http://www.lan02.org/2012/01/crise-de-satiete/</link>
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		<pubDate>Tue, 31 Jan 2012 15:41:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>

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		<description><![CDATA[Chroniques de l&#8217;atterrissage, par Julien Milanesi Il en va de même de l&#8217;aviation, du LSD ou du développement économique : tout décollage est la promesse d&#8217;un atterrissage. Et nous avons décollé, nous les Européens, nous les vieux riches, il y a de cela deux siècles et nous ne savons pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em><a href="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/atterrissage.jpg"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-235" style="margin-left: 5px; margin-right: 10px;" title="atterrissage" src="http://www.lan02.org/wp-content/uploads/atterrissage-150x150.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a></em><em>Chroniques de l&#8217;atterrissage</em>, par Julien Milanesi</strong></p>
<p>Il en va de même de l&#8217;aviation, du LSD ou du développement économique : tout décollage est la promesse d&#8217;un atterrissage. Et nous avons décollé, nous les Européens, nous les vieux riches, il y a de cela deux siècles et nous ne savons pas atterrir.</p>
<p>Selon les travaux de l&#8217;économiste britannique Angus Maddison <strong>(1)</strong>, après avoir triplé entre l&#8217;an zéro et 1800, la richesse par individu en Europe de l&#8217;ouest a été multipliée par seize durant les 200 dernières années. Ce type de mesure a évidemment ses limites, mais il résume ici parfaitement le fait qu&#8217;en moins de dix générations, nous avons eu accès aux robinets d&#8217;eau potable, à un logement salubre, à des vêtements en quantité, au chemin de fer, à l&#8217;électricité, aux hôpitaux, aux routes, à la voiture, à la télévision, au frigo plein, au téléphone dans la poche, aux vacances en avion, au tracteur à gazon, à la météo des plages à Zanzibar en temps réel et à la promesse tous les jours renouvelée que le meilleur est encore à venir.<span id="more-182"></span> Aujourd&#8217;hui nous avons tout et plus : l&#8217;indispensable dont nous avons tellement manqué dans nos abris de fortune ; le superflu dont on ne sait déjà plus se passer. Nous avons bien plus que ce que pouvaient imaginer nos aïeuls qui durant ces deux siècles ont creusé, planté, élevé, tissé, assemblé, cherché, foré, construit, détruit, reconstruit, aménagé, terrassé, transformé, bâti… bref, travaillé de gré ou de force et pillé pas mal de ressources.</p>
<p>Après cet effort économique titanesque nous sommes assis sur un tas de richesse. Et le doute s&#8217;installe. Et maintenant? L&#8217;accès de tous aux biens et services de base, s&#8217;il n&#8217;est pas encore garanti, est aujourd&#8217;hui davantage une question de répartition que de production: nous avons seulement l&#8217;égoïsme de refuser à certains d&#8217;entre nous ce que nous n&#8217;avons fait que recevoir des générations précédentes. Le ressort initial du développement économique est donc presque entièrement détendu tandis que celui qui entretenait le mouvement depuis les années 50 est en train de rompre sous la pression du chômage, de la précarité et de l&#8217;austérité salariale: la société de consommation devient inaccessible et n&#8217;offre plus le choix qu&#8217;entre désillusion et surendettement.</p>
<p>Notre système économique s&#8217;épuise ainsi inexorablement. Le taux de croissance des pays riches n&#8217;a cessé de diminuer depuis les &laquo;&nbsp;glorieuses&nbsp;&raquo; années 60 <strong>(2)</strong> et les années 2010 ne semblent pas parties pour contrarier la tendance. Il est même très probable que le moment de crise que nous vivons marque, en plus de l&#8217;effondrement du néolibéralisme qui nous digère depuis 30 ans <strong>(3)</strong>, la fin brutale du voyage entamé il y a deux cents ans. A l&#8217;essoufflement du sens collectif de notre labeur quotidien s&#8217;ajoutent en effet, dans un écheveau qui reste à démêler, la fin des conditions écologiques et géopolitiques qui nous ont permis de décoller.</p>
<p>La fin du voyage n&#8217;est pas pour autant la fin de l&#8217;histoire. Les règles de l&#8217;économie ne sont pas les lois de la gravité : nous devrons atterrir, certes, mais c&#8217;est nous qui choisirons comment.</p>
<p><a href="http://blogs.mediapart.fr/blog/julien-milanesi">Julien Milanesi</a></p>
<p><strong>(1)</strong> http://www.ggdc.net/MADDISON/other_books/HS-8_2003.pdf</p>
<p><strong>(2)</strong> Cédric Durand et Philippe Léger, 2011,Vers un retour de la question de l&#8217;état stationnaire? http://economie.politique.free.fr/publications/Durand_Lege-Colloque_Clermont.pdf</p>
<p><strong>(3)</strong> Frédéric Lordon, 2011, Le commencement de la fin. http://blog.mondediplo.net/2011-08-11-Le-commencement-de-la-fin</p>
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